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LE RAMAYANA

Parmi les légendes de l'Inde antique, un poème épique, écrit en sanscrit, a bravé les épreuves du temps. Je veux parler du célèbre Ramayana. Récit populaire par excellence, il est devenu le thème principal du théâtre sacré de nombreux pays d'extrême orient. Il s'est répandu, dès le VII ème Siècle, au Cambodge, au Xème Siècle en Indonésie, au XIIIème Siècle en Thaïlande et, certainement à cette même époque, au Laos. Bien sur, l'oeuvre originale du poète Valmiki a subi au cours des siècles bien des transformations et s'est trouvée adaptée aux différents milieux locaux pour une plus grande facilité de compréhension, semble t il.

Je n'ai, ici, que la modeste intention de conter ce poème. Mon récit ne sera que la synthèse de versions écrites et orales, puisées ci et là, notamment dans la remarquable étude de VO THU TINH qui se trouve être l'adaptation lao du Ramayana indien.

Qu'on ne voit pas là nature à plagiat, mon seul désir étant de commenter le plus complètement possible les deux remarquables émissions postales du Royaume du Laos, consacrées à cette épopée.

Le 28 Novembre 1955, les Postes Laotiennes émettaient une série de 6 timbres relative à l'épopée du Ramayana .

Ces vignettes, parmi lesquelles se trouve le timbre plébiscité " meilleur timbre du Laos (Av 19) ", toutes oeuvres de Marc Leguay et du graveur Pheulpin, illustrent de façon remarquable la version originale du Ramayana, donc la version indienne.

 

Une seconde émission relative à ce même poème, a paru le 26.3.1969 ( première série) et le 24.7.1969 (2ème série). Il s'agit de la fameuse représentation du Ballet Royal jouant devant la Cour (Yvert 195 à 200 et 56/57 av Blocs 43/44) ; La version présentée est ici l'adaptation lao du Ramayana appelée alors PhraLak, PhraLam.

J'ai choisi de présenter cette dernière version, plus complète, qui ne diffère de le précédente que par des points de détail et les noms des personnages.Que les lecteurs soient persuadés qu'il s'agit là de la plus fameuse et de la plus sacrée des légendes laotiennes, et que cette histoire se transmet encore de nos jours, oralement, du Nord au Sud, y compris dans les plus petits villages.

Thataradtha, Roi de Vientiane (appelée alors Chanthabouri Si Sattanak' ) avait une fille très jolie : Nang Chantha, qui, à cause de sa beauté, fut enlevée par son oncle Hapkhanasouane (Ravana) qui l'emmena dans son Palais.

Le Roi, trop faible physiquement, vu son age, pour délivrer sa fille, pria Phra Indra (Yvert Av 112) de lui donner deux enfants très forts qui pourraient le venger. Le Dieu exerça son souhait et, peu de temps après vinrent au monde deux frères jumeaux PhraLam et PhraLak (Rama et Kama) Ces derniers, lorsqu'ils eurent atteint l'age adulte, délivrèrent leur soeur Nang Chantha.

Hapkhanasouane, lorsqu'il apprit la nouvelle (La délivrance de Nang Chantha s'était faite à son insu), partit en guerre contre PhraLak et PhraLam, mais l'issue du combat lui fut fatale. Il tomba entre leurs mains et n'eut la vie sauve que sur sa promesse de demander la main de Nang Chantha. Ce que le Roi lui accorda. Dans le même temps, Thataradtha céda son trône à son fils PhraLam, PhraLak devint Vice-Roi.
Nang Chantha repartit avec son époux, dans l'île de Lanka (Ceylan). Un peu plus tard ils eurent une fille qu'ils appelèrent Nang Sida (Sita).

Un jour, Nang Sida reçut l'ordre du Dieu Phra Indra d'avoir à tuer son père pour laver un affront qu'il avait, jadis, fait à ce Dieu. Nang Sida s'exécuta; mais, par miracle, Hapkhanasouane en réchappa. Et, pour punir sa fille, il l'attacha sur un radeau qu'il poussa dans les eaux d'un fleuve.

Quelques heures plus tard, un ermite, Chao Laksi (Luci ) qui vivait au bord de la rivière, aperçut la jeune fille, la recueillît et l'adopta

Nang Sida grandit et sa beauté fut rapidement célèbre dans tout le pays et même au delà. Chao Laksi fit savoir qu' il accorderait la main de Sa fille adoptive à tout homme qui parviendrait à bander son arc merveilleux. Cette nouvelle parvint bientôt aux oreilles de PhraLak et de PhraLam, ainsi qu'à celles d'Hapkhanasouane.

Aussitôt, les deux frères partirent vers la demeure de Chao Laksi tandis qu'Hapkhanasouane, ignorant que Nang Sida était sa fille, faisait de même.

Seul de tous, Phrakam réussit l'épreuve imposée par l'ermite qui lui accorda donc la main de Nang Sida.

Cependant, Hapkhanasouane ne voulant pas s'avouer vaincu imagina un stratagème pour enlever Nang Sida objet de ses désirs. Il fit passer une biche d'or près d'elle. Nang Sida se mit à désirer passionnément cet animal et pria son époux de le capturer. Profitant de l'absence momentanée de PhraLam occupé à poursuivre la biche d'or Hapkhanasouane enleva Nang Sida et ce malgré la résistance d' un grand vautour, Soudaniou ,ami de Phra Lam et gardien de la princesse, qui fut au cours du combat sérieusement blessé. Au retour, Soudaniou informa PhraLam de l'enlèvement tandis qu' Hapkhanasouane emmenait Nang Sida dans son Palais de Lanka.

Mais, bien que la désirant ardemment, Hapkhanasouane ne put jamais séduire sa prisonnière, celle-ci étant protégée par un feu qui entourait tout son corps et qui empêchait quiconque de l'approcher.

PhraLam, en proie à une grande tristesse, se mit à errer dans la forêt. Un jour, il mangea un fruit de l'arbre Manikhot, ce qui lui valut d'être transformé en singe. (Les branches de l'arbre Manikhot se dirigent verticalement et horizontalement vers les 4 points cardinaux. Les fruits portés sur les branches horizontales transforment en animaux quiconque en aurait pris ; ceux sur les branches verticales lui redonneront le forme humaine après consommation .Ce singe qu'il était devenu s'unit à une guenon, elle même victime du même sortilège et bientôt vint au monde un enfant à l'apparence de singe (Hanumane )

 

Deux ans plus tard environ, par le plus grand des hasards, PhraLam goûta à nouveau un fruit de l'arbre Manikhôt, placé sur une branche verticale, ce qui lui valut de reprendre forme humaine. Son frère PhraLak lui conta alors l'aventure dans laquelle il avait été plongé et sa paternité du singe Hanumane

PhraLak et PhraLam, aidés d'Hanumane qui n'avait pu reprendre forme humaine, le fruit magique n'ayant pas eu d'effet sur lui, et qui était devenu, entre temps, Roi des Singes, renforcé par les troupes de Soukhip, oncle d'Hanumane, décidèrent de délivrer Nang Sida et toute l'armée se dirigea vers Lanka (Ceylan)

 

Ils arrivèrent bientôt sur les bords de l'Océan. Il était nécessaire de construire un pont pour investir l'île et ceci demandait du temps. Aussi, PhraLam envoya-t-il Hanumane, lequel avait la propriété de pouvoir voler, auprès de Nang Sida afin de la rassurer et de l'informer de sa délivrance prochaine. En cours de route, Hanumane rendit visite à l'ermite Chao Loksi et lui demanda conseil pour l'accomplissement de sa mission. Il fut conseillé à Hanumane de se déguiser en habitant du pays ce qui lui permettrait de circuler facilement dans Lanka sans se faire reconnaître.

Ceci fait, il se rendit près de Nang Sida et se signala à elle en lui remettant un anneau confié par PhraLam et l'informa de sa prochaine délivrance par les troupes de PhraLam, de Hanumane et de Soukhip. Puis, avant de quitter l'île Hanumane en mit le feu à une grands partie. Il revint alors sur le continent et rendit compte de Sa mission.

Le pont que construisait l'armée des singes fut bientôt terminé et les troupes purent se ruer sur l'île. La bataille entre l'armée d'Hapkhanasouane (démons de Lanka aidés des Yak (najas) et des troupes de PhraLam (singes aidés des vautours fit rage et se termina par la victoire de PhraLam et la délivrance de Nang Sida .

Mais PhraLam, devenu jaloux, était dévoré par l'idée que son épouse Nang Sida avait pu le tromper avec Hapkhanasouane au cours de sa longue captivité. Il interrogea celle-ci qui nia farouchement toute relation avec son ravisseur. Pourtant, PhraLam n'était pas convaincu.

En proie à un grand désespoir, Nang Sida se résolut à se soumettre publiquement à l'épreuve du feu, ceci dans le but de prouver son innocence .0n fit donc préparer un immense bûcher. Nang Sida s'y jeta. Mais le Dieu du Feu, qui veillait sur elle, noya aussitôt le brasier. Nang Sida en sortit intacte.Convaincu derechef de la pureté de son épouse, PhraLam, en sa compagnie, regagna son Palais pour enfin régner sur le pays qui prospéra dans la paix cet le bonheur.

D'aucuns donnent une autre version de la fin de cette histoire:

Après sa défaite, Hapkhanasouane, déguisé en servante du Palais, demanda à Nang Sida de lui faire un portrait de son ravisseur. Elle s'exécuta. C'est alors que, par magie, Hapkhanasouane rendit le dessin indélébile. Très ennuyés et pour le soustraire aux regards de PhraLam, Nang Sida le cacha sous le lit conjugal. Hélas, ce dessin se mit à dégager une terrible chaleur, chaque fois que PhraLam se couchait, tant et si bien que ce dernier en cherchant la cause, découvrit le portrait.

Aussitôt, pensant qu'il s'agissait là d'une preuve de l'infidélité de son épouse, au temps de sa captivité, il ordonna qu'elle soit mise à mort et chargea son frère PhraLak d'exécuter la sentence .Persuadé de la droiture de sa belle soeur, PhraLak emmena celle ci dans une grotte et la plaça sous la protection de l'ermite Chao Laksi. Puis, à la place du coeur de Nang Sida que PhraLam avait demandé qu'on rapporte, il présenta celui d'un chien ainsi que son épée tachée de sang

Quelques mois plus tard, Nang Sida, enceinte des oeuvres de son mari et toujours cachée dans une grotte accoucha d' un beau garçon, portrait fidèle de PhraLam. Il fut l'artisan de la réconciliation de PhraLam et de Nang Sida qui purent enfin vivre heureux ensemble.

Gabriel CHEVREUX