Série des "POISSONS" 1967

( Yv. 156/159)

Le Mékong regorge de toutes sortes de poissons.La "Mère des Eaux", des chutes de Khone à la province de Luang Namtha, avec ses nombreux affluents, offrent une impressionante diversité de plus de 250 espèces de poissons. En 1967 l'Administration Postale émet sur ce thème une série de quatre timbres.( YT 156 à 159). Elle confie le dessin de tous ces timbres à l'artiste laotien Sa-Nguan Rodboone. Georges Bétemps pour le 20k, Roger Fenneteaux pour le 35 k, René Cottet et son élève Jean Miermont respectivement pour le 45 et 60 k assureront la gravure.
La série est émise le 8 juin 1967 et le tirage de 200 000 pour chaque valeur. Une fois retirés de la vente le nombre d'invendus détruits est le suivant:

540 pour le 20 kips, 34511 pour le 35 kips, 988 pour le 45 kips et 59435 pour le 60 kips. (1)

Le cachet Premier Jour reproduit la silhouette du 35 kips

Mais pour commencer, ne nous laissons pas impressionner par les noms barbares donnés par les naturalistes ! Ophicephalus micropeltes, Pangasianodon gigas, Mastacembelus armatus et Notopterus notopterus. Trop difficile à dire d'un seul trait ! Comme souvent avec les poissons, armons-nous de patience, et faisons leur connaissance les uns après les autres.


Représenté sur le 20 kips , l' Ophicephalus micropeltes, ou le "Channa Micropeltes" est plus connu sous le nom de " Giant Snakehead". (2)

Comme le nom l'indique, ces poissons présentent la physionomie d'un serpent compact et court, mais muni de nageoires. Ils n'ont absolument peur de rien, sont extrêmements territoriaux et agressifs, chassant et mordant si besoin tout intrus qui pénètre sur leur territoire, et quelle qu'en soit la taille, humains y compris. En laotien c'est le Pa do ou Pa meng phou. Il peut mesurer jusqu'à 1m,30 et peser jusqu'à 20 kgs. Fréquentant les grands courants profonds, ce carnassier se nourrit d'autres poissons et de crustacés. Présent dans le bassin du Mékong, mais également en Thaïlande, dans la péninsule malaise, les îles de Sumatra et de Bornéo, ses flancs présentent une large raie foncée longitudinale chez les adultes ; deux raies longitudinales noires avec un secteur intermédiaire orange chez les sujets jeunes.Il est d'un grand intérêt pour la pêche sportive mais également pour l'aquaculture en bonne voie de développement.

Le deuxième timbre à 35 kips représente sans nul doute le poisson le plus impressionnant fréquentant le Mékong. Ce "Pangasianodon gigas" est le représentant géant de la famille des Poissons-chats Pangasiidae qui compte 28 espèces réparties naturellement dans les pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, du Pakistan à l'archipel indonésien.


Sur ces 28 espèces, 13 vivent dans le Mékong. Un vrai mastodonte aquatique: il peut atteindre 3m pour un poids de 300 kgs. La forme de ces poissons et leur comportement évoquent davantage le requin que le poisson-chat ; ils sont pour cette raison souvent appelés shark-fish. Ce sont en effet de grands nageurs, pour la plupart migrateurs, qui fréquentent les grands fleuves aux vastes plaines d'inondation. Au Laos c'est le Pa beuk ou Pa boeuk .
Le Pa beuk vit dans l'estuaire du Mékong et remonte le fleuve en eau douce pour se reproduire (espèces anadromes). Les poissons- chats pangasidés possèdent une respiration aérienne complémentaire, plus ou moins développée, grâce à une vessie natatoire particulière qui joue le rôle de poumon accessoire, aussi sont-ils relativement tolérants vis-à-vis des faibles teneurs en oxygène de l'eau. La saveur de sa chair est généralement peu prononcée. Cette qualité de chair justifie l'intérêt suscité par les pangasidés qui sont appréciés à la fois localement (autoconsommation, marchés locaux) et sur le marché international (importation de filets congelés par les USA en particulier).

Poursuivons avec le "Mastacembelus armatus" représenté sur le 45 kips. C'est l' "Anguille épineuse géante" vivant au fond des fleuves. Au Laos c'est le Pa lat ou Pa loht, corps ovale et longiforme avec un museau fin , il atteint 70 cm. Le corps est brun, tâches beige plus claires présentes de façon régulière sur le dos et ligne sur les cotés.

Habituellement trouvé dans les courants des fleuves aux fonds sablonneux et caillouteux, Il abandonne rarement le fond.. Il s'accommode toutefois des eaux immobiles, dans les bras morts des zones inondées où il s'enterre partiellement . Dans le courant principal du Mékong pendant la saison sèche, il entre dans les canaux, les lacs et les forêts inondées pendant l'inondation saisonnière. Il se nourrit la nuit de larves d'insectes, de vers et de mousse aquatique. Si le Pa Lat est très présent au marché, sur les étals de poissons frais, les sujets jeunes sont fréquemment recherchés comme poissons d'aquarium.

Dernier poisson de la série, le 60 kips est consacré au "Notopterus Notopterus", le Dtong pour les laotiens. Le"Dtong" peut atteindre 60 cm. Il se nourrit pendant le crépuscule et la nuit d' insectes, de poissons et de crustacés.


Sa reproduction a lieu dans les eaux stagnantes ou courantes pendant la saison des pluies. Des oeufs sont pondus en petits blocs sur la végétation submergée. Une femelle mesurant 21-25 centimètre pond habituellement 1.200-3.000 oeufs. Outre sa consommation macéré dans du citron vert comme dans le" laap " ou grillé, le potage de Dtong entre dans la pharmacopée lao pour soigner la rougeole.

Faire connaissance avec 4 espèces sur les 250 répertoriées dans le Mékong ne fait que lever un petit bout du voile de cette immense richesse naturelle. Les laotiens en ont pris conscience. Dans tout le bassin inférieur du Mékong, la pêche à très petite échelle dans les zones humides saisonnières et les petits bassins constitue un important moyen secondaire de subsistance et une source essentielle de protéines animales pour la population locale. Or l’exploitation de cette ressource a jusqu’ici été négligée. Pour y suivre l’évolution des stocks de poissons, dans le cadre du projet Knowfish (3), "des chercheurs de l’université de Bergen (Norvège) et du Living Aquatic Resources Research Center ont testé l’utilisation d’écho-sondeurs. Ces appareils leur ont permis de confirmer l’importance des bassins profonds du Mékong. Zones refuges, ceux-ci jouent un rôle de nurserie reconnu par les communautés de pêcheurs qui y ont établi des réserves naturelles (Fish Conservation Zones) où la pêche est interdite ou restreinte à certaines périodes. On doit espérer que ce nouveau savoir sera utilisé pour renforcer la protection des écosystèmes alors que l'augmentation de l'effort de pêche, dans d'autres parties du fleuve, a fortement réduit à la fois la biomasse et les prises ces dernières années."

J.P. LUCIO

(1)Philao n°8

(2) Tous les renseignements sur la biologie de ces espèces sont isssus de la FISHBASE qui a , dans le monde entier répertorié et étudié à ce jour 29 000 espèces de poissons.

(3) Source Mekonginfo.