par Philippe DRILLIEN (1)

Article publié dans PHILAO n°27 de Janvier 1981


Les papillons ou lépidoptères (du grec : lépis - écaille et Pteron = aile) comptent plus de 100.000 espèces réparties sur toute la surface du globe. On peut les classer en deux catégories :
- les papillons diurnes ou rhopalocères (du grec : rhopalon -massue et cheraia = antenne ; antenne en massue) comprennent 10 familles les nymphalidés, les satyridés, les danaïdés, les héliconiïdés, les piérides (ou piérididés), les papilionidés, les lycénidés, les morphidés, les brassolidés et les hespéridés.
- les papillons nocturnes ou hétérocères (du grec : hétéro = autre et cheraia = antenne ; antennes de formes variées) ne comprennent pas moins de 25 familles parmi lesquelles celles des attacides (ou saturnidés) et des géométridés (ou phalènes).



I - CETHOSIA BIBLIS (Yvert n° 106) et PRECIS CEBRENE (Yvert n° 107)


1) Introduction :

Ces deux papillons sont classés dans la division des Rhopalocères dont les principaux caractères communs sont :
- les antennes, simples et renflées à leur extrémité, les moeurs (presque toujours) diurnes.
Ils appartiennent à la famille des nymphalidés. Il existe environ 2000 espèces de nymphalidés dont une cinquantaine en Europe Les chenilles des nymphalidés sont généralement glabres et portent quelques piquants ou excroissances charnues.
La chrysalide est fixée à une branche de l'arbuste nourricier' par son extrémité abdominale. Le thorax, qui pend, présente souvent des saillies.



2) Cethosia Biblis :


Son aire de répartition s'étend des Indes au Sud de la Chine en passant par la Malaisie et l'Indochine. C'est une espèce très commune en saison sèche, en particulier au Laos. Chose fréquente chez les papillons, la femelle se présente sous deux formes différentes.
Son vol lent rend sa capture particulièrement facile.Le dessin et les couleurs de la face ventrale des ailes, non représentée sur le timbre, rappellent si bien le maquillage des Peaux rouges que les jeunes collectionneurs de Vientiane l'ont baptisé "Sioux''.


3) Précis Cebrene :

Le genre Précis est très riche en espèces et leur répartition, très cosmopolite, est surtout tropicale. Une forme de Précis Cebrene se retrouve même en Afrique. Il est très commun à Vientiane, et au Laos en général surtout après la saison des pluies, le long des chemins et dans les espaces verts.Il se pose presque toujours à terre. Son vol est très rapide mais jamais de longue durée. Il est assez farouche mais l'immobilité du chasseur lui fait perdre tout instinct de prudence ; aussi, sa capture est-elle particulière.
La tache bleue de ses ailes inférieures est constituée par des écailles qui jouent le rôle de prismes minuscules et donnent lieu à des reflets bleus ou violets, selon l'angle sous lequel on la regarde.



II - DYSPHANIA MILITARIS (Yvert n° 108) . .

 

 


Ce papillon (2), classé dans la division des Hétérocères appartient à la famille des Geomètridés dont les caractères généraux sont les suivants : les antennes sont filiformes et souvent pectinées, surtout chez les mâles ; ils possèdent un frein de couplage entre les deux ailes ; leurs moeurs sont plus souvent nocturnes que diurnes.
II vit dans toute la partie méridionale de l'Asie. Dans la région de Vientiane, il a élu domicile sur KOK BONG NANG (nom lao de l'arbre) ou Carallia Lucida Roxb (Vidal). Certains de ces arbres sont, parait-il, littéralement infestés de sa chenille.
Ces chenilles, dites "Arpenteuses" ou "Géomètres", tiennent leur nom de leur démarche particulière. En effet, l'absence de pattes abdominales ne leur permet pas de se déplacer par : ondulations ainsi que le font celles des autres familles, mais par bonds successifs à la manière d'un compas que l'on ouvre et referme.
Elle est lisse, cylindrique et.porte sur le corps trois bandes longitudinales vert pâle sur fond jaunâtre.
Au repos ou alertée, elle prend également une position particulière. Fixée à la branche par les dernières pattes, le corps raide, s'écartant du support, sa coloration et son immobilité la rendent invisible à l'ennemi éventuel.
A la fin de la période larvaire, la chenille descend de l'arbre et reste au pied de celui-ci, à même le sol, pour se transformer en une chrysalide, lisse, de couleur marron dans laquelle on distingue très bien les ailes, antennes etc... du futur imago.
Tout est décidément particulier dans ce papillon, outre la démarche et l'attitude de sa chenille, son vol, rectiligne, semblant lourd mais avec ailes frétillantes, sa manière de se poser, les antérieures relevées, les postérieures à plat. Sa capture est aisée mais attention, ses ailes sont très fragiles.


III - ATTACUS ATLAS (Yvert Av. 46)


Ce magnifique papillon, également classé dans la division des Hétérocères, appartient à la famille des Saturnidés ou Attacides).
Les caractères principaux de cette famille sont les suivants : leurs antennes sont pectinées, souvent bi-et même quadri-pectinées ; leurs pièces buccales sont atrophiées ou absentes ; leurs ailes, très larges, portent en leur centre une tache transparente ; les chenilles, grosses et de couleurs voyantes , portent des épines ou des excroissances de tous genres.
L'Attacus atlas (3) est un des plus grands papillons du monde. Il a pour biotope la région tropicale délimitée au Nord par l'Himalaya, à l'Ouest par les Indes, au Sud sensiblement par le 15ème parallèle (PAKSE) et remontant au Nord-Est jusqu'aux frontières méridionales du Japon, y compris les grandes îles qui bordent le continent.
De moeurs nocturnes, il ne prend aucune nourriture pendant sa brève vie d'image. Il est d'ailleurs dépourvu d'organes buccaux. Ses seules fonctions portent vers la reproduction.
Son arbre de prédilection est le "KOK TONG" ou SANDORICUM INDICUM (Vidal) que l'on trouve dans tous les "BAN" (village, en lao), mais il affectionne également "KOK KRAMPONG" et beaucoup plus rarement le manguier.
Les éclosions massives ont lieu trois fois par an. Cependant, on observe des naissances tout au long de l'année. Le plus souvent, ces éclosions ont lieu le soir, ce qui correspond à la période journalière la plus calme de l'atmosphère.
A sa sortie du cocon, la femelle a l'abdomen gonflé d'environ 200 oeufs de 1mm et demi de diamètre. Ces oeufs, élaborés pendant la période nymphale, sont prêts à être fécondés et pondus dans les premiers jours de la vie de l'insecte. Ils sont enduits d'une glu qui sèche rapidement au contact de l'air ce qui leur permet d'adhérer solidement à la feuille nourricière. ...........
Environ 15 jours plus tard, sortira de cet oeuf une petite chenille velue qui, grâce à un appétit pantagruélique, sera devenue après sa dernière mue un monstre verdâtre, hérissé de piquants blancs, de 12 cm de longueur et de la grosseur d'un havane.
Mais la période larvaire touche à sa fin. La chenille va maintenant choisir l'extrémité d'une branche, assez feuillue de préférence sans doute pour se dérober aux regards et aux attaques des prédateurs.
Après une courte période de diète et d'immobilité, elle commence le tissage du cocon. A partir de la branche, elle enroule sur plusieurs centimètres sa soie grossière et très solide ; ainsi, si la feuille sèche, le cocon ne tombera pas. Elle descend le long du pétiole, referme la feuille en goutière autour d'elle et commence enfin le tissage du cocon proprement dit qui sera, pendant une durée de trois semaines à deux mois, suivant la saison, l'abri douillet où s'élaboreront en grand secret les mystérieuses histolyse et histogenèse qui donneront l'image.
La chenille a eu soin, en tissant le cocon de laisser à sa partie supérieure une ouverture à sens unique qui permettra, le moment venu, la sortie du papillon.
Si l'on ouvre ce cocon, la chrysalide apparaît, la tête vers le haut, l'extrémité abdominale reposant sur un coussinet, restes desséchés du dernier segment de la chenille.
Il est très facile de déterminer le sexe du futur papillon. La femelle est beaucoup plus volumineuse que le mâle et les antennes , rabattues sur la face ventrale, occupent la moitié de la longueur de celle-ci pour le mâle, le tiers seulement pour la femelle.
Il parait que, dans certaines régions de l'Inde, la soie de l'Atlas est utilisée pour la confection de tissus particulièrement solides.
En prenant certaines précautions et en renouvelant quotidiennement la nourriture, il est possible, à l'instar du Bombyx du mûrier de pratiquer l'élevage de l'Atlas.
Le papillon représenté sur le timbre est un mâle : les ailes sont plus étroites que celles des femelles, la courbure apicale plus marquée-, les couleurs plus accentuées.



Pour terminer cet article, il m'a paru intéressant de citer un extrait du journal "Lao-Presse" daté du 13 mars 1965 consacré à :


IV. L'INAUGURATION DE L'EXPOSITION-VENTE ORGANISEE PAR LA SOCIETE ROYALE DES SCIENCES NATURELLES ET LE MINISTERE DES POSTES ET TELECOMMUNICAT10NS A L'OCCASION DE L'EMISSION DE LA 1ère SERIE DE TIMBRES "FAUNE" (PAPILLONS DU LAOS).


"C'est ce matin, Samedi 13 Mars, que M..Kham-sing Ngonvo-rarath, Président de la Société Royale des Sciences Naturelles, a inauguré, dans les locaux du Service de 1'Inforrnation, l'exposition-vente organisée par la Société Royale et le Ministère des Postes et Télécommunications à l'occasion de l'émission de la première série de timbres "Faune" (Papillons du Laos).
Dans un cadre à la fois philatélique, scientifique et artistique, on peut admirer, dès l'entrée, les quatre timbres que comporte cette première émission consacrée à la faune du Royaume : Cethosia Biblis (timbre de 10 Kip), Attacus Atlas (timbre de 20 Kip), Précis Cebrene (timbre de 25 Kip), Dysphania Militaris (timbre de 40 Kip) et Aeatus (enveloppe "premier jour") figurent sur un même panneau, à la fois "en personne" et tels que les ont interprêtés le Maître Leguay et M. Rodboon, artistes bien connus au pays Lao.
Les timbres, finement gravés par l'Atelier du timbre à Paris, étaient en vente "premier jour" ce matin dans tous les bureaux de poste du Royaume, mais ce n'est qu'à l'Exposition Philatélique, qui restera ouverte jusqu'à demain soir, que l'on pouvait se procurer les magnifiques "enveloppes premier-jour" éditées par la Société Royale à l'occasion de cette émission.


Des panneaux décoratifs réalisés par les membres de la Société Royale agrémentent cette exposition et nous révèlent l'éclatante diversité des papillons de notre pays, en même temps qu'ils nous montrent les réalisations étrangères dans le domaine de la philatélie consacrée aux papillons , réalisations auprès desquelles, d'ailleurs, notre émission nationale d'aujourd'hui est loin de faire piètre figure : ce dont il faut savoir gré à nos artistes.
L'an dernier déjà, à pareille époque une exposition philatélique, organisée par la Société Royale, avait attiré dans ces mêmes locaux la foule des Vientianais intéressés par les beautés de la nature, pour des motifs aussi divers que louables : scientifiques, artistiques ou philatéliques.
II est à souhaiter qu'une telle tradition se maintienne grâce à l'efficace collaboration du Ministère des Postes et Télécommunications avec la Société Royale des Sciences Naturelles du Laos.

Philippe DRILLIEN


Notes de renvoi :


(1) Ouvrages consultes :
- Revue C.P.J. n° 51 (juillet 1975) et 52 (octobre 1975)
- Journal "Lao-Presse du 13 mars 1965.
- Bulletin de la Société Royale des Sciences Naturelles du Laos (qui m'a été obligeamment prêté par Monsieur
P.M. GAGNEUX).
(2) Dubaï a consacré un timbre (n° 97) au Dysphania militaris.
(3) Ce papillon est également représenté sur trois autres timbres Dubaï (n° 97), Formose (n° 251) et Ryu-Kyu (n° 58).

Ryu-Kyu (n° 58).