ETUDE sur LUANG PRABANG
ses LEGENDES et ses MONUMENTS

 

par Philippe DRILLIEN ( PHILAO n°5 Mars 1974)
La présente étude n'est en fait qu'un travail de compilation * avec la modeste ambition de faire un peu mieux connaître à nos lecteurs la capitale royale et religieuse du Laos.

*Sur le sujet le lecteur intéressé pourra consulter les ouvrages suivants: Charles ARCHAIMBAULT :"La fête du T'at" (Trois essais sur les rites laotiens)-- Série Documents sur le Laos- volume n° 1- 75 pages imprimées à la Mission Française d'Enseignement et de Coopération Culturelle au Laos (Ventiane) ---Thao Boun Souk : Luang prabang-Guide des principales curiosités. Imprimerie Laovathana.-----Luc Mogenet : " La conception de l'espace à Luang Prabang" n°7-8 du Bulletin des amis du royaume lao-Imprimerie Nationale.
, puis S.M. SRI SAVANG VATHANA

 

ont toujours proscrit l'emploi abusif de matériaux modernes et l'introduction de motifs décoratifs non laotiens.
Luang-Prabang n'est qu'à une petite heure d'avion de Vientiane, mais laissons Charles ARCHAIMBAULT nous décrire son arrivée dans la Capitale Royale :

"Epaves surgies des profondeurs, les pics noirs cernent l'appareil qui hésite, plonge puis s'élève, tel un minuscule ludion. Comme brandi en quelque jeu enfantin, un miroir scintille dans le lointain et capte l'avion qui lentement descend. Au miroir, brusquement, fait place une flèche d'or entourée de spirales :le That Chom Si

 

 

, le reliquaire de la colline sacrée qui s'élève au coeur même de la ville. L'appareil décrit des cercles autour de l'éminence et son ombre portée semble l'aiguille folle de quelque gigantesque cadran où toutes les nuances se marient :vert des palmeraies, rouge et ocre des tuiles vernissées, blanc intense des pagodes. Sous l'appareil, le paysage peu à peu s'ordonne; une mince ligne pâle passant au pied du Mont Sacré dessine, du Nord au Sud, la voie le long de laquelle, au cours des siècles, s'édifia le ville royale. Parallèle à cet axe, le Mekong, à l'Ouest, décante ses eaux limoneuses tandis qu'à l'Est le Nam Khan dessine son mince filet bleu avant de s'estomper et de se perdre dans le fleuve.
L'avion vire, la cité s'étire comme une langue monstrueuse que le Mékong et son affluent auraient plaquée à la colline.
Une dernière palme masque la ville, l'avion atterrit. La colline sacrée, le confluent du Mekong et de la Nam Khan, tels sont les sites qui retinrent jadis l'attention des deux ermites fondateurs de la ville. Selon la légende, dans les temps anciens, deux saints personnages quelque peu géomanciens vinrent délimiter l'emplacement de la capitale. Ils aperçurent une colline dont la forme rappelait celle d'un tas de riz. S'étant approchés, ils virent qu'un ruisseau en sourdait. Ils suivirent ce ruisseau jusqu'au Mékong. Là, au confluent du fleuve et de la Nam Khan, s'élevait un gigantesque flamboyant dont les fleurs et les fruits s'offraient rouges comme de la laque.

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Jugeant l'endroit propice, les deux ermites placèrent au pied de l'arbre une large dalle "En ce lieu, dirent-ils, sera érigé le palais du monarque qui, dans les temps futurs, viendra régner sur la ville". Prenant comme limite Sud le ruisseau nommé Dong et comme limite Nord le grand flamboyant, ils donnèrent à la ville le nom de Xieng Dong Xieng Tong, c'est-à-dire "la cité de la rivière Dong, la cité du flamboyant".


Longtemps plus tard, un simple marchand de bétel de la ville de Vientiane nommé Chantapanit, vint faire du commerce dans le Nord-Laos. Surpris par la nuit, il s'arrêta chez un religieux. Durant son sommeil, il rêva qu'un ermite descendu du ciel renversait son panier à bétel. A son réveil, il fit part de ce songe à son hôte qui lui déclara : "0 pieux laïque Quand vous remonterez le fleuve, de l'or et de l'argent se fixeront à votre perche. N'y touchez point ! Qunnd vous arriverez à Xieng Tong, or et richesses afflueront alors vers vous". Chantapanit se conforma aux prescriptions du religieux et, quand il parvint à XiengTong, les deux rives du fleuve se couvrirent instantanèment d'or et de pierreries. A la vue de ce prodige, les habitants de Xieng Tong le sacrèrent roi et lui élevèrent un palais auprès du flamboyant, à l'endroit même marqué par les ermites. C'est à ce monarque légendaire qu'on attribue la fondation de la splendide pagode de Xieng Tong qui se dresse au Nord de la ville non loint du confluent. Reconstruit en 1591 par le grand roi Setthathirat , ce "vat" groupe dans son enceinte d'étranges reliquaires en forme de cloches ou d'aiguières. Des manguiers ombragent niches et chapelles formant un dôme au-dessus de l'escalier majestueux qui descend au fleuve et qu'emprunte le souverain quand, de retour des pays étrangers, il doit se purifier à la pagode royale.


Le Vat Xieng Tong

 

est le siège du diocèse de Luang-Prabang. Déo Van Tri l'ayant choisie comme résidence en 1869, l'incendie et le pillage lui furent épargnés.
En 1928, le Gouverneur Général PASQUIER en visite officielle à Luang Prabang accepta de faire financer par le Gouvernement Général de l'Indochine la restauration de Vat Xieng Tong.
L'édifice moderne à droite en entrant, est le mausolée construit en 1964 pour abriter le char funéraire de S.M. SISAVANS VONG, décédé on 1959 .
C'est à Vat Xieng Tong que le 2ème jour du Pimay (jour intermédiaire), Voir série des éléphants

 

 

les principaux chefs religieux de la capitale se rendent pour arroser les Bouddhas et assister à la danse des "Pou Nieu Nia Nieu"

 

 

ancêtres légendaires du peuple lao.
Selon une version orale recueillie par Charles Archaimbault, et fort différente des versions écrites, les "Pou Nieu Nia Nieu" vivaient autrefois au ciel, mais à cause de leur apparence grotesque, ils effrayaient les enfants des "Thens". Aussi le roi des génies P'ia Then Fa Kuan les chassat-ils. Comme à cette époque, la terre n'existait pas encore, l'eau s'étendant à perte de vue, le P'ia Then leur dit:"Partout où vous piétinerez, la terre apparaîtra" et les chargea ainsi de créer le monde. Après qu'ils eurent piétiné les flots, la terre apparut mais, se sentant seuls, ils remontèrent au ciel pour demander qu'on leur donnât des compagnons.
Le P'ia Then leur donna alors trois graines de courge qui, une fois semées, donnèrent chacune naissance à un fruit énorme.
De ces fruits perforés selon les indications du génie sortiront les Kha, les Laotiens et les populations de race blanche.
Après avoir partagé‚ le royaume entre leurs sept fils, les "Pou Nieu Nia Nieu" allèrent se promener dans l'Himalaya où ils capturèrent le petit lion Sing Kéo Sing K'am. Ils l'appri-
voisèrent et l'emmenèrent avec eux. Au retour, sur les instances de 1a population, ils vainquirent un dangereux fauve qui ravageait la région de Sangk' alok. Ils l'enfermŠrent dans une cage de fer qu'ils placèrent dans leur rizière sise près de
l'étang "Sua" , demeure du roi Naga : Tao K'am Leng. Blessés suppose-t-on par le lion de Sangk'alok, ils moururent peu après. Avant leur mort, ils recommandèrent aux habitants
de faire des effigies les représentant ainsi que celle de leur fils adoptif Sing Kéo Sing K'am. "Chaque année, précisèrent-t-ils, vous ferez danser ces masques aux deux extrémités de la ville, sans quoi les yaksa détruiront le pays". Ils devinrent par la suite les génies tutélaires du royaume : les "Tévada Luang".
A l'emplacement de leur rizière, on érigea une pagode (Vat Visun) un T'at, le T'at Mak Mo, recouvrit l'étang du Nâga.
Le Vat Visun est l'une des plus anciennes pagodes de Luang Prabang.

 

 

Construite sur l'ordre de S.M. Vixounharath , roi du Lane Xang, à partir de 1512, Vat Visun a abrité le "Phra Bang" jusqu'en 1707, date à laquelle il fut transféré à Vientiane où les siamois s'en emparèrent moins d'un siècle plus tard.
Le "Phra Bang" restitué par les Siamois en 1667, fut réinstallé‚ à Vat Visun puis transféré‚à Vat May en 1894. La pagode actuelle a été reconstruite à la fin du
XIX ième siècle ; lorsque Francis Garnier la visita en 1867, ses murs en bois inclinés vers l'extérieur lui donnaient un peu l'allure d'un immense cercueil chinois.
Actuelle transformée en musée, on peut y admirer à l'intérieur ses douze piliers de bois richement décorés.

(1) La plupart des rivières laotiennes commence par le mot "nam" qui signifie "eau".ainsi le Mékong se dit Nam Kong en laotien.

 

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