Centenaire de la découverte du
bacille de la lèpre
par le Docteur Hansen.

Article de Jean-Louis DUTREIX
Philao n° 1 (juin 1973)

Le 28 Juin 1973, 1'Administration des Postes du Laos va émettre une série de deux timbres-poste commémorant le centenaire de la découverte du bacille de la lèpre par le Docteur Hansen.
Les caractéristiques de ces timbres sont les suivantes
- valeurs : 40 et 80 Kips
- format : 27 x 48 mm
- couleur : jaune-ocre
- le sujet, unique, a été dessiné par S. Anoulorn
- l'impression, réalisée par l'atelier des timbres de France, est en taille douce
- la durée de vente est d'une année
- le tirage est de 100 000 exemplaires pour chaque valeur.


La lèpre est une maladie qui, de nos jours, touche encore une vingtaine de millions d'habitants de la Terre. Elle se caractérise par des lésions de la peau et par l'insensibilité des extrémités du corps humain ; les cas graves peuvent entraîner une perte de la vue, des paralysies et d'importantes déformations de certaines parties du corps.
La lèpre est une très ancienne maladie puisqu'elle était connue en Egypte et aux Indes, plus de 1000 ans avant Jésus-Christ. Elle s'est répandue peu à peu avec les conquêtes militaires et le développement du commerce. Elle a envahi l'Europe avec le retour des Croisades. De nos jours, la lèpre est surtout localisée dans les régions tropicales : Asie (Inde, Pakistan, Chine, Indochine), Afrique et Amérique centrales.
Pendant très longtemps, les lépreux ont fait l'objet de mesures discriminatoires ; on les considérait (et on les considère encore dans certains pays) comme des parias. Au moyen-âge, ils devaient annoncer leur présence en agitant une crécelle et l'accès de nombreux lieux leur était interdit ; beaucoup étaient parqués dans des léproseries et des maladreries où, retirés du reste du monde, ils recevaient parfois quelques soins.
Jusqu'au XXe siècle, la lèpre était incurable ; seule, l'huile de chaulmoogra

 

 
Chaulmoogra

 

pouvait adoucir le calvaire des lépreux. Ce n'est que dans les années 1940-45 que des médicaments efficaces ont été mis au point. Aujourd'hui, la lèpre se guérit
mais elle laisse très souvent des séquelles. Hélas, dans les pays dits "sous-développés", de nombreux lépreux ne peuvent bénéficier de soins.



La lèpre a souvent été considérée comme une malédiction divine, jusqu'à ce qu'un savant norvégien, Gerhard Armauer HANSEN découvre, en 1873, le bacille qui est à la source de son développement. Cette découverte, révolutionnaire à l'époque (le bacille de la tuberculose n'avait pas encore été isolé) a fait faire un pas de géant à la connaissance de la maladie et a permis la mise au point de médicaments efficaces.
Cent ans après, le Royaume du Laos commémore cet événement en émettant une série de timbres. Comme toujours, cette émission laotienne est en relation étroite avec la vie du pays, l'Indochine étant un des foyers endémiques de la lèpre. Le sujet est traité de manière très personnelle, "à la laotienne" (selon une excellente habitude qui fait que chaque timbre laotien parle du Laos) :
- à droite, le visage du Dr HANSEN,
- au centre, un soleil levant qui symbolise la lumière que la découverte de ce savant a apportée au monde de la médecine,



- à gauche "la carte du Laos avec les principaux centres de surveillance des lépreux :
* Houeisai célèbre de par l'escalier monumental à 327 marches du Vat de Chomkhaomanirat,
* Luang-Prabang, capitale royale, avec son Vat Phousi,
* Vangvieng, dans une région à majorité ethnique méo,
* Vientiane, capitale administrative, avec son That Luang,
* Paksé, avec son Vat Phou ou palais de pierre"


-
à l'extrême gauche des timbres, enfin, servant de motif ornemental, "la fleur Dok Hak qui est considérée, au Laos, comme le symbole de l'amour et de la fidélité". (1 )


Jean-Louis DUTREIX ( juin 1973)


(1) les passages entre guillemets et ecrits en italique sont de l'administration postale du Laos.

Complément d'information (02/2005)

La lèpre est une maladie très ancienne et connue au Laos sous le nom de "Khee Thout" et "Pha Yat Luang". Les anciens pensaient que cette maladie "maudite" était causée par l'hérédité, la colère des esprits (Phi), ou en s'approchant de la tombe d'un lépreux dans la forêt.
En l'an 2000 le taux de prévalence en RDP Lao était de 6,7 pour 100 000 habitants.
Actuellement cette maladie est parfaitement curable et le traitement est délivré gratuitement par le Programme National de Lutte contre la Lèpre.

La lèpre est une maladie tuberculeuse due à un bacille qui fut découvert en 1873 par le Norvégien Gerhard Hansen. Elle se transmet par les voies respiratoires et parfois par contact avec la peau, d’où son caractère hautement contagieux. Le bacille de la lèpre peut vivre plusieurs jours dans des gouttelettes respiratoires ou dans de la poussière. D’où l’importance, dans sa transmission, du manque d’hygiène et de la promiscuité.

L’apparition de taches sur la peau fait partie des premiers symptômes visibles de la lèpre. Le bacille de la lèpre est "astucieux" : il chemine dans les gaines protectrices des nerfs et trompe ainsi les globules blancs susceptibles de le détruire. La maladie de la lèpre peut prendre deux formes différentes, selon les défenses que l’organisme humain oppose à la multiplication des bacilles. La première forme est la "lèpre paucibacillaire", appelée autrefois tuberculoïde. C’est la forme la moins étendue et la moins contagieuse. Bien traitée par une combinaison d’antibiotiques, elle se guérit en six mois. La deuxième forme est la "lèpre multibacillaire", appelée autrefois lépromateuse. Contrairement à son homologue, elle est riche en bacilles et, naturellement, très contagieuse. Là encore, un bon traitement antibiotique permet à la personne infectée d’être guérie au bout de deux ans.

La période d’incubation peut varier de trois à quinze ans. Concrètement, cela signifie que les premiers symptômes d’une personne contaminée aujourd’hui par la lèpre peuvent n’apparaître qu’en 2008. Dans certains pays en voie de développement (PVD), une "lèpre ulcérante", caractérisée par son aspect foudroyant, a été mise au jour. Cette forme de lèpre détruit rapidement les tissus et supprime les défenses immunitaires de la personne infectée. La peau et parfois l’os sont alors attaqués. Les connaissances scientifiques sont encore limitées. Contrairement à la lèpre "classique", en l’absence de traitement antibiotique, le seul traitement consiste à effectuer une intervention chirurgicale pour enlever les lésions.

Le bacille de la lèpre garde encore une partie de son mystère car il est impossible de le cultiver "in vitro". La mise au point d’un vaccin n’est donc malheureusement pas pour demain. Des équipes scientifiques travaillent toutefois à isoler les chromosomes composant les deux bacilles lépreux, ce qui ouvrirait la voie à un tel vaccin.

(source: http//www.ifmt.auf.org/edibmedtrop/fichiers/MEDB_IFMTSOBlepre.doc)

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