Article de J.L DUTREIX et G. CHEVREUX dans PHILAO n° 5 ( Mars 1974)

 


Le 22 Décembre 1973, l'administration des Postes du Laos a mis en vente une série de 3 timbres-poste sur le thème "Cinquantenaire d'Interpol" :


- 40 k bleu-vert et 80 k marron clair (t.poste) qui représentent le bâtiment abritant le Secrétariat Général d'Interpol à SAINT-CLOUD (France)

 

 

 

- 150 k mauve, vert-olive et rouge (poste aérienne) : champ de pavot dans la région de Tran Ninh (Haut Laos)

 


Le cachet 1er Jour de cette émission (cf "Le Monde des Philatélistes" n° 262 page 5) met en relief un problème d'actualité "LUTTE DU LAOS CONTRE LES STUPEFIANTS" et marque ainsi le souci de collaboration des autorités de ce pays à la lutte entreprise à l'échelon international.




Dès le début du 20ème siècle, tant en Europe que sur le continent Américain, les autorités policières de quelques états, pour s'armer mieux contre certaines formes de délinquance,décidèrent de collaborer. Les problèmes de l'époque étant, d'une part, la "traite des blanches", d'autre part, le faux monnayage, l'objet de ce rapprochement était la communication respective des renseignements sur les criminels, son but étant leur mise hors de nuire dans quelque pays qu'ils se trouvent.
Mais l'efficacité de cette Organisation, faute de structures, était forcement limitée.
Aussi, en 1923, l'activité criminelle internationale ayant pris des proportions considérables, les représentants de 7 états, réunis à VIENNE (Autriche) à l'occasion du 2ème Congrès de Police Judiciaire, décidèrent la mise sur pied d'un Organisme International pour servir de coordonateur entre leurs polices respectives. La Commission Internationale de Police Criminelle était née (17.9.1923). Elle se développait dans cette capitale jusqu'en 1938 et regroupait, à cette date, 34 pays.
En1946 après une mise en sommeil lors de la Seconde Guerre Mondiale, la C.I.P.C. se reconstituait à BRUXELLES. Le siège de l'organisation fut transféré de VIENNE à PARIS.

En 1956, la C.I.P.C. devint l'O.I.P.C. (Organisation Internationale de Police Criminelle) , INTERPOL étant son adresse télégraphique.

 

 

 

 


INTERPOL, qui a aujourd'hui 50 ans, peut être cité comme un exemple de réussite, d'entente et de collaboration internationale.
Minutieusement structurée, dotée de statuts, INTERPOL regroupe, en 1973, 116 pays.
Le Laos y a été admis le 17 juin 1956 à l'Assemblée Générale de LISBONNE.

Le bâtiment du siège, représenté par les timbres 40 k et 80 k, abrite le Secrétariat Général, véritable cerveau de l'Organisation, qui est en contact direct et permanent avec ses correspondants : les bureaux centraux nationaux installés dans chacun des pays membres. Ces B.C.N., cheville ouvrière d'INTERPOL, font procéder, dans le cadre de la législation particulière à leur pays à toutes recherches et arrestations ou provoquent les mêmes opérations de la part des polices étrangères. Le Bureau Central National a une importance capitale : il est le POINT D'APPUI NATIONAL DE LA COOPERATION POLICIERE INTERNATIONALE. Le lecteur comprend ainsi qu'INTERPOL n'est pas une police active, mais seulement un organisme de coopération et de documentation, au service des polices nationales des états affiliés.
De nos jours, la criminalité est malheureusement en constante progression avec un problème préoccupant : le trafic de la drogue. Remonter la filière du consommateur au producteur n'est pas une mince affaire et cela nécessite des moyens énormes et un synchronisme parfait .C'est une des attributions d' INTERPOL, par le canal de l'Office Central pour la Répression du Trafic des Stupéfiants, section spécialisée créée dans chacun des pays signataires des Conventions Internationales.


Le Laos est un des principaux producteurs mondiaux d'opium avec 50 tonnes au moins par an. Cette drogue provient du pavot dont la culture est la spécialité de quelques minorités ethniques (Méo, Yao , Khâ) installées sur les Hauts Plateaux du Nord-Laos et particulièrement dans la région du Tran Ninh. Cette région fait partie du fameux "triangle d'or", territoire montagneux couvert de jungle, d'à peu près 150000 km2 , aux confins du N.E de la Birmanie du Nord de la Thaïlande et du N-0 du Laos. Ce triangle échappe, en fait, à l'autorité des trois pays et produit, d'après de sérieuses estimations, 700 tonnes d'opium par an et fournit au moins 60 % de l'héroïne consommée dans le monde.


 

 

 

Planté à la volée, à la fin de la saison des pluies, le pavot va, à l'époque de la floraison, transformer les champs en un océan de fleurs blanches, rosés et violettes, à un mètre au-dessus du sol. Lorsque les pétales commencent à tomber (de janvier à mars) les paysans procèdent à la récolte de l'opium en incisant la capsule de chaque fleur pour faire s'écouler le liquide blanc et visqueux qui brunit puis durcit.
 

 

 

 

 

 

 

 

 


Cette opération est particulièrement délicate car, si elle est pratiquée trop tôt, l'opium se répandra sur le sol, alors que si elle est réalisée trop tard, le suc récolté aura perdu une partie de son intensité. Ce produit, après épaississement, peut être consommé. Toutefois, ce mode d'utilisation est limité aux seuls pays orientaux et extrême-orientaux et se concrétise par l'inhalation de la fumée de combustion d'une boulette d'opium dans une pipe spéciale. La ville de Vientiane abritait encore récemment, une fumerie où la pipe était vendue 100 kips (1 F) Mais, hormis cette utilisation particulière et infime proportionnellement à la quantité produite, l'opium est avant tout une matière première pour la fabrication de dérivés : la morphine et l'héroïne. Le produit brut, collecté par les trafiquants locaux, est généralement transformé en morphine-base, produit semi-fini qui se présente sous la forme d'une poudre duveteuse de couleur marron, de faible odeur acre, contrairement à l'opium brut qui a une forte odeur d'urine fermentée. Ce conditionnement en facilite le transport, le produit étant difficilement repérable. C'est cette marchandise qui est livrée aux laboratoires clandestins des pays occidentaux. Là, un chimiste effectue sa transformation en héroïne pure (opération relativement facile et ne nécessitant qu'une installation sommaire et une source d'électricité, de gaz et un poste d'eau Continuant son cheminement, l'héroïne pure, fortement mélangée à du lactose, du bicarbonate, voire de la farine, et devenue donc de l'héroïne frelatée, est vendue à la clientèle des drogués. A chacune des étapes le bénéfice réalisé est considérable.L' héroïne pure qui parvient en France au prix de 30.000 francs le kilo, est revendue au grossiste 200.000 francs. Ce dernier, après adultération (ce qui lui permet d'obtenir 20 fois le poids initial) revend la marchandise conditionnée en doses, sur la base de 200.000 à 250.000 francs le kilo. Ce formidable rapport explique l'ampleur du trafic.
L'opium produit au Laos est en partie centralisé à Ban Houei Saï où, après les récoltes, des caravanes de mulets descendant des montagnes apportent la précieuse drogue et repartent avec des marchandises et de l'argent en barre. Cet opium est essentiellement consommé par les américains,soit les soldats qui sont stationnés au Sud-Vietnam, soit les drogués qui hantent les grandes villes des Etats-Unis. Trois chemins principaux sont utilisés pour atteindre les utilisateurs : le premier passe par Bangkok, Singapour et Hong-Kong ; le second aboutit par voie terrestre à Saïgon d'où il atteint les Etats-Unis soit en passant par le Moyen-Orient et la France, soit en transitant via Hong-Kang et Singapour ; le troisième passe par Formose et le Sud-Vietnam.
La production et le trafic de l'opium sont entre les mains de quelques trafiquants. On dit que ceux qui agissent dans le "triangle d'or" sont les rescapés des armées nationalistes chinoises, chassées de Chine en 1949 et qui ont trouvé ici une reconversion lucrative dans le courtage et le transport de l'opium. Des laboratoires de transformation de l'opium et héroïne ont même été installés sur place. Ces laboratoires sont protégés par la jungle, par une police privée et aussi par une certaine complicité des autorités locales. En effet, il est difficile, dans un pays où un instituteur gagne à peine de quoi acheter 100 kg de riz par mois, de résister aux offres alléchantes des trafiquants. Voici quelques exemples édifiants :
Marcel Barang rapporte (cf le Monde Diplomatique de Juin 1973, page 10) la mésaventure qui est arrivée en 1971 à Mr Chao Sopsaysana, le conseiller juridique personnel du Prince Souvanna Phouma : "Cet ancien président du Centre Culturel Français à Vientiane, chaudement recommandé par M. André Ross, l'ambassadeur français de l'époque, venait à peine d'être nommé représentant de son pays à Paris qu'il dut être rappelé, une de ses valises, momentanément égarée à son arrivée à l'aéroport d!0rly, fut retrouvée pleine de sachets d'héroïne pure. Qu'on se rassure cependant, il en faut davantage pour briser une carrière : M. Chao Sopsaysana est toujour vice-président de l'Assemblée Nationale".
On prête aussi l'intention au Général Vang Pao, chef de l'armée clandestine des Mêos, de créer son propre état et de vivre du commerce de l'opium s'il se sentait abandonné par les américains ou le gouvernement de Vientiane (Gilles du Jonchay, "Laos, neutralisme impossible", page 100).
Certaines personnalités du Laos sont même fort connues pour s'occuper directement du trafic.Ainsi, le Général Ouane Ratikone, ancien chef d'état-major de l'Armée Royale, récemment mis à la retraite, est considéré comme l'un des plus grands trafiquants d'opium.
Ces faits, connus de tous au Laos, n'entraînent pas la plus petite poursuite de leurs auteurs. C'est que, récemment encore; le Laos ne possédait pas de loi anti drogue. C'est seulement en 1971 que, sur la pression des américains, une loi sur les stupéfiants a été votée. Mais son application sera difficile car les potentats locaux ne voient pas d'un bon oeil la perte de revenus colossaux. Les Etats-Unis, cependant, semblent décidés à mener une action énergique comme celle qu'ils ont déjà réalisée en Turquie ; ils sont prêts à aider les paysans méos à se reconvertir à d'autres cultures et même à acheter leurs récoltes de pavot pendant une période de transition.
En 1971-72, ils ont fourni au Laos un million de dollars pour la lutte contre les stupéfiants ; de temps en temps, ils achètent quelques centaines de kilogs d'opium qu'ils font brûler en public.
Il serait souhaitable qu'un renforcement du contrôle gouvernemental, notamment dans les provinces productrices, devenu possible avec la signature du protocole d'accord, soit appliqué. Pour que les pourvoyeurs clandestins d'opium soient, en collaboration avec INTERPOL, rapidement mis hors de nuire.



J.L DUTREIX et G. CHEVREUX

 



SUR LE THEME INTERPOL.


A trois reprises, des timbres-poste ont été émis, dans le but de commémorer la réunion d'une Assemblée générale dans un des pays affiliés à l'Organisation :
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- en 1954, en Italie, à l'occasion de la 23ème session à Rome.Yvert n° 681-682
- en 1955, en Turquie, à l'occasion de la 24ème session à Istambul. Yvert 1 244 1247.
- en 1968,en Iran , à l'occasion de la 37ème session Interpol à Téhéran.Yvert 1265 et 1266.


Le cinquantenaire de l'organisation est marqué par 1'émission de timbres commémoratifs dans les pays suivants
ALLEMAGNE FEDERALE - ARGENTINE - AUTRICHE - BRUNEÏ -BURUNDI - CAMEROUN -CAMBODGE - CENTRAFRICAINE - CHILI - CONGO - CHYPRE - COREE DU SUD -REP. DOMINICAINE - EGYPTE - ETATS-UNIS d'AMERIQUE - ETHIOPIE -FORM0SE - GABON - GHANA - HAUTE VOLTA - INDE - INDONESIE - IRAK -IRAN - JORDANIE - KENYA - KOWEÏT - LAOS - LIBAN - LIBYE - MALAYSIA -MALI - MAROC - MAURITANIE - MONACO - NEPAL - NICARAGUA - NIGER -OUGANDA - PHILIPPINES - PORTUGAL - SENEGAL - SOUDAN - SRI LANKA (Ceylan) SUISSE - SURINAM - THAÏLANDE - TOGO - TUNISIE - TRINITE -VENEZUELA - VIETNAM DU SUD - ZAÏRE.


G. CHEVREUX

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