LES POSTES du LAOS

AVANT L'INDÉPENDANCE TOTALE

Il n'existait aucun service postal public au Laos avant l'arrivée des Français. On sait qu'il existait, dans les Empires très centralisés qu'étaient la Chine et le Viêt-Nam, des services postaux réservés aux plis officiels, mais il semble qu'ils n'existaient même pas au Laos, pays morcelé et décentralisé.
Pour amorcer leur tutelle sur le Laos, les Français rattachèrent au Cambodge la province Laotienne du Sud, le BASSAC, en 1892. Un premier bureau de poste Cambodgien venait à peine d'être ouvert dans cette province,à KHONE, que les Siamois attaquèrent et occupèrent la région. Les Siamois ayant été‚ refoulés au début de I893, et la France en ayant profité‚ pour officialiser son protectorat sur tout le Laos, on pouvait restituer à ce dernier sa province méridionale ; par la même occasion , on lui rattacha la province Nord-Est du Cambodge, celle de STUNG-TRENG, où existait une poste Cambodgienne depuis 1892 comme à KHONE. Les postes du Bas-Laos ouvrirent donc en 1893, le premier bureau, celui de KHONE, le 20 Juillet 1893. La province de STUNG-TRENG ayant été‚ restituée au Cambodge en 1904, le bureau de poste du chef-lieu ne resta donc laotien que pendant 11 ans, et il est à nouveau Cambodgien depuis fin 1904.
Les plis du Bas Laos ont toujours été expédiés vers le Sud, d'abord par le Mékong, puis par la route.

L'ouverture des bureaux de poste gagna en 1894-95 le reste du territoire Laotien. Mais les frontières mirent quelques temps à se stabiliser, en sorte qu'on trouve aussi des localités dont les cachets portent tantôt LAOS, tantôt ANNAM ou TONKIN. Ainsi, la province Tonkinoise de SON LA fut transférée au Laos en 1894, mais dés 1896 elle fut retournée au Tonkin ainsi d'ailleurs que la province de LAICHAU, jusque là considérée comme Laotienne. De même, la frontière avec l'Annam subit de petites modifications au cours des temps, les postes de LAO BAO et MUONGSEN passant du LAOS à l'ANNAM.

Au début, le courrier était drainé‚ vers le Mékong et vers le Sud, sauf dans la région montagneuse du Nord. Il y avait là un système complexe de services de pirogues et de coureurs à pied amenant les plis à VANBU sur la Rivière Noire, d'où ils suivaient sur HANOI. Les plis de l'extrème Nord-Ouest (MUONGSEN) passaient par VIENPOUKHA, BANNAMBAC, DIEN BIEN PHU..
Il leur fallait 56 à 67 jours pour atteindre HANOI, l'étape la plus longue étant BANNAMBAC-DIEN BIEN PHU, 18 à 26 jours.

La modernisation du service se fit progressivement, spécialement grâce à la construction de routes Est-Ouest. La première et la plus utilisée fut celle qui desservait SAVANNA-KHET, vers DONG-HA en Annam, non loin de HUE. Les autres furent SAM-NEUA à HANOI, LUANG PRABANG à XIENG-KHOUANG et VINH (Nord- Annam), THAKHEK à VINH, THAKHEK à BAN NAPHAO suivie d'un téléphérique vers le chemin de fer de VINH à HUE.
Les services aériens réguliers prenant le courrier ne furent ouverts que peu avant 1940 HOUEI SAI - LUANG PRABANG - VIENTIANE et HANOI - VIENTIANE - SAIGON.
Mais la route complète LUANG PRABANG - VIENTIANE -THAKHEK - SAVANNAKHET - SAIGON ne fut terminée qu'en 1942, en sorte que le service fluvial par le Mékong prenait encore du courrier pendant la dernière guerre.
Depuis lors, l'insécurité des transports terrestres provoqua un large développement des lignes aériennes postales.

 

 

Au début (1893), les timbres-poste d'INDOCHINE avaient déjà remplacé‚ ceux des Colonies Générales. Cependant, toutes les valeurs n'étaient pas épuisées, et l'on connaît quelques très rares exemplaires d'ALPHEE-DUBOIS avec cachet du LAOS.
De même, les entiers et timbres-taxes des Colonies Générales restèrent en service pendant plusieurs années, et on les connaît en provenance du Laos. Mais ils restent fort rares.
Le Laos a utilisé tous les timbres d' Indochine, sauf les n°1 et 2, antérieurs au protectorat. Les timbres à l'effigie au Roi de LUANG PRABANG, imprimés à HANOI et émis les10 Mars (1 c.) et le 1er Juin 1943 (6 c.) étaient vendus dans tous les bureaux du Laos, mais aussi dans les autres territoires d'Indochine. Ceux à l'effigie des autres souverains d' Indochine, dont la masse fut vendue dans leur propre territoire, étaient aussi valables au Laos.
Les timbres des bureaux Indochinois en Chine (Canton, Hoi-Hao etc..) eurent cours normal dans toute l'Indochine, à partir de 1922 où l'on fit fermer ces bureaux. Il fallait en effet résorber le stock résiduel très important de ces timbres.
Les timbres Français de franchise militaire servirent aussi en Indochine de 1901 à 1914 et de 1919 à 1939. Ils sont extrêmement rares en provenance du Laos.
Les timbres d' Indochine furent seuls utilisés au Laos pendant l'occupation Japonaise et pendant l'époque troublée qui suivit la fin de la guerre, puis naturellement tant que les postes furent gérées par le Haut-Commissariat de France en Indochine (fin 1945 à 1950).

En 1950, les Français transférèrent aux divers états d' Indochine la gestion de l'administration postale, dans la cadre des mesures d'accession à l'indépendance ; des flammes postales rappellent d'ailleurs cette accession : celle du Laos est du 26 décembre 1950.

Les nouvelles administrations commandant des timbres nationaux, ceux du Laos étant émis le 13 novembre 1951 ; c'est l'occasion de la première flamme "premier jour", l'administration indochinoise n'ayant jamais émis de flammes ou cachets a date pour l'émission des nouveaux timbres. Les timbres résiduels d' Indochine restent valables quelques temps, au moins pendant le premier trimestre 1952, ce qui permet de trouver des affranchissements mixtes.
Nous ignorons la date exacte de mise hors cours des timbres d'Indochine.Les timbres nationaux du Laos portent " UNION FRANÇAISE " puis à partir de 1954, plus discrètement, la mention " UF ". L'échec de la formule de l'Union Française conduit à l'indépendance totale, et les émissions postérieures à la série Croix-Rouge du 2 mai 1958 ne présentent plus aucune allusion à la France. (J.DESROUSSEAUX-PHILAO n°3)