par Marc VAN UFFELEN (PHILAO n°29 février 1986)

La pratique du serment

L'homme, pour autant qu'il soit libre de ses pensées et maître de ses actes, vit au sein de sociétés qu'il crée suivant le génie du temps et du lieu. Fragile, il se méfie pourtant d'elles, sachant qu'elles possèdent leur propre logique et, à leur tour, les sociétés, voyant l'homme capable du bien comme du mal, cherchent à préserver les valeurs dont elles se réclament
De cette double attitude, qui engendre des tensions tant sur le plan collectif que sur le plan individuel ,est née la pratique du serment où l'homme prend le ciel et la terre à témoin pour affirmer solennellement qu'il agira en conformité avec sa parole.
S'il est facile de discerner les mobiles de cet usage, il est plus difficile d'en situer l'origine dans le temps. Nous savons seulement qu'il se retrouve sous toutes les latitudes et dans la plupart des cultures qui nous sont connues. Seules diffèrent les modalités, les formes et les rites.
En Europe nous avons tous souvenir des vassaux jurant fidélité à leurs suzerains, puis de ces mêmes suzerains jurant devant leurs sujets ou devant les représentants de ceux-ci de respecter les libertés, les garanties et les droits qu'ils leur avaient accordés. De cet engagement réciproque, à la fois garant d'autorité et d'obéissance, est né le serment constitutionnel, par lequel s'inaugure actuellement le règne ou le mandat de la plupart des souverains et chefs d'Etat modernes.

La pratique du serment au LAOS

Le Royaume du Laos n'échappait pas à la règle et le 21 août 1959 Son Altesse Royale le prince Tiao Savang Vatthana, au moment d'assumer la régence du Royaume, prêtait serment à la Constitution qui avait été promulguée en 1947 par son père, Sa Majesté le roi Sisavang Vong. La cérémonie impressionnante par sa solennité et par son faste, eut lieu au Vat Ong Tu de Vientiane. Quelques mois plus tard le Prince accédait au Trône et devenait Roi du Laos sous le nom officiel de Boroma Setha Kathya Sourya Vongsa Phra Maha Sri Savang Vatthana (1)
Mais le Royaume du Laos connaissait aussi une autre forme de serment. Une forme qui ne lui était pas venue de l'extérieur mais qui, tout au contraire, faisait partie intégrante de ses traditions et contribuait pour une large part à en modeler la spécificité.
Il s'agit de l'annuel serment d'allégeance prononcé par les dignitaires et par les fonctionnaires envers le Roi. Ses origines remontent selon toute vraisemblance aux débuts de l'histoire lao et le moderne Royaume du Laos l'avait hérité de l'ancien Royaume du Lan Xang Hom Khao dont il était issu.

Originalité du

Grand Serment Lao


On retrouve à la base de cette cérémonie annuelle certaines idées communes à toutes les formes de serment ; affirmation vis-à-vis de la collectivité d'un sentiment individuel - en l'occurrence la fidélité au Roi - et désir des souverains de renforcer ce sentiment par la solennité accordée à cette affirmation.
D'autres aspects ont un caractère plus original. D'abord, l'idée que celui qui sera parjure mourra tôt ou tard d'une mort violente, violente en ce sens que la maladie, l'accident ou le meurtre dont il sera victime aura été provoqué par l'eau qu'il avait bue en guise de garantie de sa bonne foi. Nous nous trouvons ici devant une sorte d'"épreuve par l'eau du serment" qui fait songer à "l'épreuve du feu". Mais il y a incontestablement une différence. L'eau fait partie intégrante du serment,elle est, avec la terre, un élément transcendant, un témoin des bonnes et mauvaises actions des hommes. On ne la trahit pas impunément et les conséquences d'un parjure ont un caractère automatique qui renvoie aux valeurs métaphysiques de la civilisation lao et aux liens étroits existant entre l'homme lao et la nature.
Seconde particularité qui frappe dans le serment des dignitaires : son caractère annuel. L'idée qu'un serment prêté une fois vaut pour toujours est une idée occidentale, une idée abstraite. La pensée lao quant à elle, se nourrit des accords mystérieux qui font des réalités concrètes autant de facettes d'une même unité diversifiée. C'est par conséquent une pensée cyclique, où chaque fin est source d'un nouveau commencement.
Aussi, afin de les confirmer dans leurs sentiments de fidélité, les rois lao faisaient-ils prêter serment par leurs dignitaires et leurs fonctionnaires deux fois par an. Le petit serment avait lieu au cinquième mois du calendrier laotien et le grand serment, appelé ainsi en raison de son importance, était célébré le treizième jour de la lune croissante du douzième mois (2).
Après l'acceptation, libre et volontaire, du protectorat français par le roi Oun Khan (3) en 1887, c'est au Président et au Gouvernement de la République française que les dignitaires lao prêtèrent l'habituel serment de fidélité, étant entendu que cette procédure impliquait l'allégeance au souverain qui régnait sous la protection (4) de la nation tutélaire.
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, l'unité du pays lao étant recouvrée et l'indépendance du Royaume du Laos étant devenue un fait acquis, la formule et le rituel du serment furent adaptés en conséquence.


Le rituel du Grand Serment Lao

 

La cérémonie annuelle du Grand Serment Lao avait lieu à Vientiane, capitale administrative du Royaume, et était présidée par Sa Majesté le Roi du Laos. Après avoir eu pour cadre le Vat Sisaket (5), puis le Vat Ho Phra Keo (6) elle se tint, à partir de 1949 et jusqu'en 1975, au Vat Ong Tu (7).
Mais écoutons Pierre S. NGINN (8), qui fut Président de l'Académie Royale Lao (9) nous décrire le déroulement habituel de la cérémonie :


" Mandarins, fonctionnaires,Tassengs (10),et Naibans (11) en sampot et vestons blancs, se réunissent au bureau du Muong et se rendent en cortège à Vat Ong Tu. Ils jurent fidélité et loyauté au Roi et à la Constitution Lao. En présence de neuf bonzes, un Maha ou un fonctionnaire lit la formule du Serment qui débute par une longue invocation invitant le Bouddha, les génies du ciel, de la terre et des eaux à assister à la cérémonie. La musique se fait entendre. Deux hallebardiers trempent avec des gestes symboliques le bout d'une lance, d'un sabre et d'un fusil dans l'eau du serment contenue dans de grands récipients. La musique cesse et les bonzes récitent une prière,prenant les génies du ciel, de la terre et des eaux à témoin du serment qui vient d'être prêté. On distribue ensuite l'eau du serment dans de petits verres et tous les fonctionnaires lao la boivent ensemble. La cérémonie terminée, le cortège se reforme pour le retour jusqu'au bureau du Muong, où la foule se disperse. "

Signification du

Grand Serment Lao

Retenons les trois éléments essentiels de la cérémonie ; la récitation de la formule du serment, le rite qui tend à rendre l'eau efficace, la consommation de cette eau par les assistants.
La formule du serment, en établissant clairement la différence entre le bien et le mal et en indiquant aux assistants la responsabilité qui leur incombe face aux choix de l'existence, donne son sens éthique à la cérémonie.
Le fait de plonger la pointe de trois types d'armes dans l'eau du serment est destiné à conférer à la matière, en 1'occurence l'eau, une dimension spirituelle, une force qui assurera le triomphe du bien sur le mal. Il s'agit donc d'un rite qui peut être considéré comme un acte d'une portée sacralisante.
Quant à la consommation de l'eau par les assistants, elle constitue de leur part l'engagement pris en commun d'assumer les responsabilités énoncées dans la formule du serment et l'acceptation du caractère sacré de cet engagement. Les participants, en buvant l'eau, montrent qu'ils communient dans une même pensée .
Si nous nous plaçons au niveau de la signification universelle des rites, nous sommes amenés à constater que la cérémonie du Grand Serment Lao comportait ce que nous pourrions appeler une "invocation", une "consécration" et une "communion" . Tout en étant intrinsèquement lao en son essence, elle relevait des valeurs les plus précieuses que recèle le coeur humain.
II est arrivé que le gouvernement royal décide de simplifier la cérémonie. Ainsi, en 1955, les hallebardiers trempant les armes dans l'eau du serment n'avaient pas été prévus et la distribution de l'eau fut volontairement omise (13). De pareilles dérogations à la tradition, qui lui enlevaient beaucoup de son sens et de sa signification, ne semblent cependant pas avoir été trop fréquentes.


La dernière célébration


Quoi qu'il en soit, la dernière célébration du Grand Serment Lao fut une cérémonie à part entière, composée de toutes ses phases essentielles.
Dans son livre Le partage du Mékong (14) Amphay DORE (15) nous relate cette cérémonie" qui eut lieu le 17 novembre 1975. L'auteur saisit l'occasion pour nous faire connaître le texte intégral de la formule du serment, tel qu'il fut alors récité par le maître du rituel. Le voici :


"Nous (énumération des dignitaires) jurons solennellement fidélité à Sa Majesté, notre Auguste Souverain. Nous jurons de bien et loyalement remplir nos fonctions et d'assurer avec ponctualité les services qui nous sont confiés, de ne pas fomenter de complots avec les Infidèles ou les étrangers ennemis, de n'avoir aucune pensée subversive contre le Gouvernement, de ne pas cherche à tuer les représentants du Gouvernement, de ne pas chercher à tuer les représentants du Gouvernement au moyen d'incantations, de ne pas donner secrètement asile aux rebelles.
" Que si l'un de nous ne tient pas ce serment, qu'il soit puni et que les malédictions ci-après l'accablent :
" Qu'il soit tué soudain par les Sept ou Huit séries de Sabres mandarinaux afin qu'il ne pu
isse dire adieu à sa famille ;
" Qu'il meure accidentellement et subitement ;
" Que sa vie soit éphémère comme les
feuilles et les fleurs du bananier
Qu'il soit enlisé dans la terre et dans l'eau
" S'il voyage par voie d'eau, qu'il soit saisi et étouffé par un ngeuak (16) grand comme un grand cheval ;
" Qu'il soit écrasé par sa pirogue et fasse naufrage ;
" Qu'il soit foudroyé quand il regarde le ciel et dévoré par le tigre quand il regarde la forêt ;
" Que ses mains soient attachées derrière son corps par les cordes administratives, ainsi que son cou ;
" Que ses pieds soient mis à la cangue et qu'il soit décapité pour rébellion ;
" Qu'il devienne fou et ne sache que faire ;
" Qu'il meure sec comme le tambour et gonflé comme la grenouille, et que sa tête soit posée sur la pierre, ses pieds trempés dans l'eau et qu'enfin les vautours dépouillent ses jambes et les corbeaux ses entrailles :
" Que ses jambes soient posées sur les diguettes et ses cuisses sur le bord de la rivière ;
" Que ses âmes, après sa mort, brûlent dans les flammes ardentes de l'Enfer, sous le siège de Thévathat pendant cent mille kalpa (17)
" Que même les plus grands Bouddhas, qui sont plus Innombrables que les grains de sable des grands océans, qui viendront dons l'avenir pour pardonner et sauver les coupables, ne puissent avoir pitié de l'Infidèle et lui refusent la réincarnation ;
" Que si au contraire, nous demeurons loyaux, fidèles et dévoués,
notre bonheur grandisse et tout malheur nous soit épargné ;
" Puissions-nous alors atteindre la fortune et pouvoir faire l'aumône sans entraves "
(18)


Les termes de cette formule montrent combien la cérémonie annuelle du Grand Serment Lao constituait un élément fondamental, au même titre que le soukhouane (19) ou que les cours d'amour, de la civilisation traditionnelle du Laos.
Une civilisation qui, tout en prenant mesure de l'homme, l'arrachait aux lois du visible pour le faire entrer dans les voies de son destin.


Le Grand Serment Lao et la philatélie

Le 18 novembre 1953 (20) l'Administration des Postes du Royaume du Laos a émis une série de six timbres-poste en l'honneur de la cérémonie annuelle du Grand Serment Lao (2l).
Ces timbres montrent le Bouddha dans l'une ou l'autre des attitudes que les artistes lao ont particulièrement aimé représenter. Pour cette raison la série est appelée "Série bouddhique".


Les six timbres ont été dessinés par Marc LEGUAY et gravés par P. DUFRESNE pour la valeur de 4 $ (22) et par Jean PHEULPIN pour les autres. La beauté des dessins et la perfection des gravures en font des joyaux de l'art philatélique. P. de LIZERAY (23) parle de "sérénité", d'effet de grandeur pure, de mystère : on ne saurait mieux définir l'impression qui se dégage de ces timbres admirables.



Le timbre de 4 $ représente un " Bouddha couché " * "Mahâparinirvâna " ou représentation de la Grande totale Extinction ; au Laos : "say nha" qui orne à Louang Phrabang la Chapelle rouge du Vat Xieng Thong (24), où il est entouré d'une très riche décoration de bois sculpté rehaussé d'or.


 

Sur le timbre de 6 $ 50 nous voyons un "Bouddha en méditation"
( "Dhyâna mudrâ" ou "samathi", le "samathi" ou "samâdhi" étant le point culminant de la discipline de l'esprit). Cette très belle statue en bois laqué, doré et incrusté" d'une hauteur de 80 cm, est conservée au Musée d'Arts Religieux du Vat Ho Phra Keo à Vientiane. Provenant sans doute du Nord du Laos, elle daterait du XVIIIe siècle (25). En fait, il ne s'agit pas seulement d'un "Bouddha en méditation", mais aussi d'un "Bouddha paré". Celui-ci est très fréquent dans l'art laotien, où il est revêtu des insignes de la Royauté terrestre et en particulier de la couronne conique ( "mukuta" ) (26).


 

Le timbre de 9 $ est consacré à un magnifique " Bouddha appelant la pluie" ( "hiek fone") ce geste ne fait pas partie des six "mudrâ" considérées comme "classiques"). Il s'agit d'un bronze d'assez grandes dimensions (220 cm de haut) provenant de Vientiane et datant de 1755. Le Bouddha y est représenté debout : les deux bras tombent le long du corps, la paume des mains est tournée vers les cuisses (27). On remarquera l'extrême stylisation de l'attitude, caractérisée, entre autres, par un allongement très prononcé des bras et des mains. Ce bouddha fait partie des collections du Musée des Arts Religieux du Vat Ho Phra Keo de Vientiane.


 

Le timbre de 11$ 50 nous montre un Bouddha assis dans l'attitude généralement connue sous le nom de "Bhumisparsa mudrâ", c'est-à-dire d' "appel au témoignage de la Terre (déifiée), mais les Laotiens y voient surtout la Victoire du Bouddha sur Mara.



Ils appelleront donc ce Bouddha un "Bouddha Vainqueur de MaraM ( "maravixay") (28) plutôt qu'un "Bouddha attestant la Terre" (29) et en agissant ainsi ils soulignent en fait la signification précise du geste qui implique une idée d'imperturbabilité. Cette belle oeuvre d'art lao se trouve en Thaïlande, plus précisément à Ayuthya, au Nord de Bangkok.



Quant au timbre de 40 $, il représente un "Bouddha calmant la querelle familiale" ( "ham nhat"). C'est l'aspect auquel va la préférence des Laotiens dans l'attitude considérée avant tout comme exprimant "l'absence de crainte" ( "Abhaya mudrâ" ), mais qui signifie aussi "qui apaise les flots" ou "qui calme la querelle entre les Koliya et les Shâkya" ). Ce geste nous montre le Bouddha debout, les avant-bras repliés, les paumes tournées vers l'avant.



Enfin, le timbre à 100 $ représente des bouddhas qui se trouvaient autrefois tous deux en Thaïlande, à Sawankalok, une ville nouvelle, érigée en 1800 à 38 Km à l'Est de Sukhotai. Les statues y ornaient les ruines du Vat Mahathat, qui est le temple le plus important de Sawankalok et qu'il ne faut pas confondre avec le Vat Mahathat de la ville de Sukhotai. Le grand bouddha, en briques et stuc doré, a une hauteur de neuf mètres : c'est un "Bouddha attestant la Terre" ou "Vainqueur de Mara". Il daterait du XIIIe siècle et a été restauré au XVIIe. Quant au petit bouddha, qui se trouve maintenant au Vat Sisaket de Vientiane, c'est un "Bouddha calmant la querelle familiale" et il daterait, lui, du XVIe siècle. Son caractère lao s'affirme tant dans la composition de l'ensemble que dans le traitement des détails.



La série de timbres-poste émise en 1953 en l'honneur de la cérémonie annuelle du Grand Serment Lao illustre ainsi la place prépondérante, voire exclusive, qu'occupe la représentation du Bouddha historique dans l'art lao, lequel tend à exprimer la profondeur des sentiments par la noblesse des formes et par la sérénité des attitudes.
Le 17 novembre 1964, c'est la première série "Pravet Sandone" (30) qui fut émise en concordance avec la célébration du Grand Serment Lao. Nous ne reviendrons pas ici sur les détails de la légende de Pravet Sandone, puisque celle-ci a été excellement racontée par Gabriel CHEVREUX dans le premier numéro de Philao (31). Il faut cependant noter que le feuillet "Pravet Sandone" existe sous deux formes : numéroté et non numéroté, mais présenté alors dans un carnet bleu qui, lui, est numérote. La couverture de ce carnet porte les textes suivants ROYAUME DU LAOS (en lao - "Prrass Ana Tiak Lao" - et en français) - 17 NOVEMBRE 1964 -FETE DU GRAND SERMENT (uniquement en français). Il y a aussi un joli dessin du That Louang de Vientiane, le "monument-phare" de l'art lao, dont il constitue la plus remarquable et la plus originale réalisation sur le plan architectural.
La présence du That Louang sur la couverture du feuillet "Pravet Sandone" émis à l'occasion du Grand Serment Lao de 1964 nous rappelle fort à propos le lien existant entre la CEREMONIE DU GRAND SERMENT, qui se célébrait le treizième jour de la lume croissante du douzième mois et les FETES DU THAT LOUANG (32) qui, elles, avaient lieu le quinzième jour de la lune croissante du douzième mois (33)

En fait, ces célébrations qui formaient en quelque sorte un tout constituaient au Laos l'un des "moments forts" de l'année et comme elles avaient VIENTIANE pour cadre, la capitale administrative était alors un peu l'âme du pays, LOUANG PHRABANG, la capitale royale, l'étant sans conteste lors des dix jours du Pimay (34).
Qu'il nous soit permis de rappeler aussi que la première arrivée d'un étranger au Laos coïncida avec la célébration du Grand Serment et avec les fêtes du That Louang, ce qui valut à Gerrit van Wuysthoff d'être reçu par le Roi et par sa Cour avec un faste tout à fait exceptionnel (35).
Et comment oublier, enfin, que la première émission nationale de timbres-poste effectuée par le Laos eut lieu le 13 novembre 1951 ? Le Royaume du Laos, devenu un Etat autonome au sein de l'Union française le 19 juillet 1949, possédait sa propre administration postale depuis le 1er janvier 1951. Il choisit le moment du Grand Serment pour offrir pour la première fois au monde une de ces séries de timbres dessinés avec goût et gravés avec art qui allaient au fil des ans enrichir avec tant de bonheur les collections des philatélistes épris de beauté.
Ces premiers timbres (36), dessinés par Maître Marc LEGUAY et gravés par Jean PHEULPIN, nous faisaient mieux connaître le roi SISAVANG VONG, Le That Louang de VIENTIANB, le Vat X*eng Thong de LOUANG PHRABANG et le fleuve Mékong (37). Autrement dit, ils nous offraient dès l'abord comme un résumé succint du pays lao et ils ouvraient l'éblouissant album de la philatélie du Laos par une page d'une qualité aussi rare que raffinée.
Une page qui, de plus, demeure indissolublement liée à la cérémonie annuelle du Grand Serment Lao.

Marc VAN UFFELEN , AIJP

Notes de renvoi

(1) Sa Majesté Sri Savang Vatthana, qui fut le dernier Roi du Laos, a abdiqué la Couronne en 1975. cf. PHILAO 28, p. 439-447.
Après son abdication, le roi Sri Savang Vatthana a été nommé Conseiller Suprême du Gouvernement le 2 décembre 1975. Il a pris comme résidence une villa située dans les environs de Louang Phrabang, où il a vécu, entouré de familiers et de serviteurs, jusqu'au 12 mars 1977, jour où il a été mis en état d'arrestation.

(2) P.S. NGINN, La Cérémonie du Serment in France-Asie n° 66-67, p. 567-569.

(3) Le roi Oun Kham, né en 1811, mort en 1895, régna sur le royaume de Louang Phrabang de 1870 à 1894.

(4) Dans l'Union Indochinoise, le royaume de Louang Phrabang avait le statut de protectorat, alors que le reste du pays lao était placé sous administration directe.

(5) Le Vat Sisaket a été construit par le roi Chao Anou de 1818 à 1824.
Son cloître renferme des centaines de bouddhas. La bibliothèque est célèbre pour sa gracieuse silhouette (Cf. le timbre du Laos n° P.A. 64 et les timbres-taxe n° 1 à 6).

(6) Le Vat Ho Phra Keo fut construit en 1563 par le roi Saya Setthathirath pour abriter le célèbre Bouddha d'émeraude qui se trouve actuellement à Bangkok. Le Vat Ho Phra Keo de Vientiane a été restauré sous la direction de S.A. le prince Souvanna Phouma (1901-1984) de 1936 à 1942. Il fut aménagé par la suite en Musée des Arts Religieux. Le Vat Ho Phra Keo est représenté sur le timbre du Laos n° P.A. 1, lequel est repris en bloc de quatre sur le BF n° 27. Les timbres n° 98 et 232 se réfèrent également au Vat Ho Phra Keo.

(7) Le Vat Ong Tu, édifié entre 1500 et 1510 par le roi Saya Setthathirath, abrite un gigantesque bouddha de bronze, qui pèse plusieurs tonnes. C'est au pied de ce bouddha (Phra Ong Tu) que les ministres prêtaient serment entre les mains du Roi au moment de l'entrée en fonction d'un nouveau gouvernement. Le Vat Ong Tu possède de splendides vantaux de bois sculpté, offerts par le roi Sri Savang Vatthana. Les timbres n° 193 et 194 nous en montrent quelques-uns.

(8) Pierre Somchine NGINN est né en 1892 à Louang Phrabang. Il était le fils de François NGINN, qui fut membre de la mission Pavie de 1885 à 1895, Après des études à Louang Phrabang, à Vientiane et à Saigon, Pierre S. NGINN obtint une bourse qui, de 1906 à 1909, lui permit de parfaire sa formation en France. Ses publications vont d'un dictionnaire franco-lao et lao-français à des poèmes où il exalte la beauté du pays lao , comme dans son recueil Au Pays de la Douceur de Vivre. Président du Comité littéraire de 1952 à 1970, il devint Président de l'Académie Royale lao le 13 juillet 1970.
PH. DRILLIEN à l'auteur. ' .

(9) C'est par l'Ordonnance Royale n° 72 du 23 février 1970 qu'a été créée l'Académie Royale Lao, en remplacement du Comité littéraire qui avait été institué en août 1951.
L'académie Royale Lao fut à l'origine du changement intervenu en 1966 dans l'écriture lao. Ce changement se remarque dans la philatélie à partir du timbre n° 142 où intervient une modification dans la façon d'écrire la légende qui se lit à peu près comme "Prrass Anatiak Lao"
et qui signifie " Royaume du Laos " G. CHEVREUX à l'auteur.

(10) Tasseng : chef de canton.

(11) Naiban ou nai ban : chef de village. Le timbre n° P. A. 77 nous montre un tableau de Maître Marc LEGUAY représentant un Naiban, un chef de village.

(12) P. S. NGINN, Fêtes et traditions in La Revue Française n° 203, p. 49-51.

(13) Ibidem.

(14) Ce livre relate les événements survenus au Laos de 1973 à 1978 et illustre, à travers la façon dont ils ont été vécus par l'auteur, certains aspects de la culture et de la civilisation lao.

(15) Ampkay DORE, qui est né à Louang Phrabang d'un père français et d'une mère laotienne, est docteur en ethnologie et chargé de recherches au C.N.R.S.

(16) Un ngeuak est supposé être un animal aquatique doué de magie et mangeur d'hommes.

(17) On désigne ici par kalpa une période de douze millions d'années.

(18) D'après la traduction de Nhouy ABHAY citée par Amphay DORE en pages 89-90 dans son livre " Le partage du Mékong "

(19) Le soukhouane , qu'on appelle aussi le baci, est une cérémonie d'hommage offerte en des circonstances particulières (mariage, nouvel an, départ pour un voyage, naissance, retour de voyage, etc.). Le soukhouane , ou "cérémonie d'appel des aines", qui peut être organisé à toute époque de l'année, est un des éléments les plus typiques de la culture lao, un des plus attachants aussi .

(20) C'est-à-dire le jour même qui marquait, cette année-là, la date d'ouverture de la cérémonie du Serment.

(21) Ce sont les timbres n° Yvert P.A. 7-12.

(22) La piastre était à l'époque l'unité monétaire du Laos. Elle fut remplacée en 1955 par le kip, divisé en 10 bi de 100 at. Ce changement coïncida avec la création de la Banque Nationale du Laos.

(23) Dans le n° 25 du Monde des Philatélistes (novembre 1953).

(24) Cf. PH. DRILLIEN, La Chapelle rouge du Vat Xieng Thong in PHILAO 23, P. 371. Une photo en couleurs de ce bouddha figure en page 4 de la rubrique Laos
du livre La péninsule indochinoise faisant partie de la collection Beautés du monde.
La difficulté de se documenter sur la situation actuelle au Laos ne nous permet pas d'affirmer qu'à l'heure où paraissent ces lignes les bouddhas dont il est fait mention se trouvent encore aux endroits que nous indiquons. Nous nous sommes basés sur les dernières informations disponibles.

(25) Thao BOUN SOUK, L'image du Bouddha dans l'art lao, p. 21.

(26) Ibidem.

(27) Thao BOUN SOUK, o.c., p. 18.

(28) Pour chacune des attitudes du Bouddha il existe des appellations spécifiquement laotiennes : "say nha", "samnnthi", "hiek fone", etc. Leur signification n'est pas nécessairement identique à celle des appellations qui sont
le plus généralement connues en Occident pour caractériser l'une ou l'autre de ces attitudes ( "mudrâ" ).

(29) Thao BOUN SOUK, o.c., p. 17.

(30) II s'agit des n° 101-104. Une deuxième série de quatre timbres polychromes, les n° 283-286, a été consacrée à la légende de Pravet Sandonne le 22 juillet 1975.

(31) G. CHEVREUX, La Légende de Pravet Sandonne in Philao n° 1, juin 1973, p. 11

(32) Le 18 novembre 1972, le Laos a émis une série de deux timbres en l'honneur des fêtes du That Louang. Ce sont les n° P.A. 94 et 95.

(33) PH. DRILLIEN, Les fêtes du That Louang in Philao n° 18, avril 1976, p. 287-288

(34) Allen D. KERR, Le nouvel an à Louang Phrabang in Philao n° 13, juin 1975 p. 201-204
.
(35) M. VAN UFFELEN, les premiers contacts entre le Laos et l'Europe un Philao n° 14, août 1975, p. 225-227.

(36) Il s'agit des n° 1-12, qui formaient une série d'usage courant.

(37) Un an plus tard, en 1952, ces timbres ont été repris en feuillets dans le carnet "Première émission nationale de timbres-poste", où figurent aussi les timbres n° 13-17, les timbres n° P.A. 1 et 2-4 et les timbres-taxe
n° 1-6. Ce carnet réunit donc les 26 premiers feuillets du Laos.

Bibliographie


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- H. BOUCHON, les timbres-poste lao in France-Asie n° 118-119, p. 1131-1134
- Thao BOUN SOUK, L'image du Buddha dans l'art lao. Vientiane, 1971
- G. COEDES, Les peuples de la péninsule indochinoise. Paris, 1962
- Amphay DORE, Le partage du Mékong. Paris, 1980
- B. PH. GROSLIER, Indochine. Paris, 1966
- P. LE BOULANGER, Histoire du Laos français. Paris, 1931.
- P.S. NGINN, La Cérémonie du Serment in France-Asie n° 66-67, novembre-décembre 1951, p. 567-569.
- ID. , Fêtes et traditions in La Revue Française n° 203, octobre 1967,
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- Katay D, SASORITH, Présence historique du Laos in France Asie, n° 118-119, p. 716-723.