Article du numéro 59 de Philao (mars 2005)

TIMBRES " PATHET LAO ": DU NOUVEAU.........

Dès la création de l'AICTPL, Philao s'est intéressé aux timbres " Pathet Lao " encore appelés " timbres de la Plaine des Jarres " ou " timbres du Haut Laos ".
J'invite tous les lecteurs à relire l'excellent article de Jean-Louis DUTREIX, notre Président fondateur, paru en 1973 (1) ainsi que les quelques lignes que Mike JOHNSON consacre à ce sujet dans ce présent numéro (2).
Dans l'article précité, Jean-Louis DUTREIX tirait deux conclusions :
- les timbres dits " Pathet Lao " ne sont pas des timbres officiels du Royaume du Laos car ils n'ont pas été émis par le gouvernement légal de ce pays.
- On est en présence d'une émission postale locale. Je propose qu'on appelle désormais ces timbres " TIMBRES DU HAUT LAOS ".
Et notre Président, s'appuyant sur une enveloppe ayant circulé en 1973, terminait son article par une note dans laquelle on pouvait lire :
" Les timbres du Haut-Laos sont considérés comme ayant été officiels mais actuellement démonétisés ; ils ne peuvent donc servir à acquitter la taxe postale et cela explique que, depuis 1962, on ne les rencontre pas seuls, oblitérés sur lettre. Mais, s'ils sont accompagnés d'un timbre encore en vigueur et dont la valeur suffit à acquitter le port, on acceptera de les gratifier d'un coup de tampon car ce sont d'anciens timbres officiels et non de simples vignettes postales.
Mais ce n'est qu'une hypothèse ".

Compte tenu des conditions dans lesquelles ces timbres ont été émis, on connaît peu de choses à leur sujet : dessinateur ? graveur ? lieu de fabrication ? tirage ?...(3)
S'il est relativement facile d'acheter ces timbres à l'état neuf ou sur enveloppe philatélique (4) (fig.1), il est très difficile de les rencontrer sur pli ayant circulé. Personnellement, je n'en ai vu qu'une seule fois. Il s'agissait d'une lettre appartenant au regretté Pierre-Marie Gagneux ; si j'ai bonne mémoire, elle avait été écrite par lui-même et expédiée de la Plaine des Jarres à un membre de sa famille résidant à Enghien (France).

De telles lettres sont rarissimes et si vous en possédez, je vous remercie de bien vouloir m'en envoyer un scan ou une photocopie que nous publierons dans un prochain numéro de la revue.

La nouveauté concernant ces timbres m'a été communiquée par Kenneth Thompson, correspondant de l'AICTPL pour les Etats-Unis et le Canada. Il s'agit d'une enveloppe (fig.2) recommandée. Elle a été postée de Luang Prabang (voir l'étiquette de recommandation) le 5 décembre 1977 (voir cachet postal d'annulation). Comment peut-on expliquer la présence de ces timbres de la Plaine des Jarres sur une enveloppe à cette époque ?



Rappelons que, depuis le 2 décembre 1975, le Laos est devenu la République Démocratique Populaire Lao. Il faudra attendre décembre 1976 pour voir la première émission de timbres par le nouvel Etat. Il s'agit des séries " Monuments historiques " (Yvert 297 à 302) et "1er Anniversaire de la République " (Yvert 303 à 307). De décembre 75 à décembre 76, les plis ont été affranchis par des timbres du Royaume dont les mots " Royaume du " en français et en lao devaient être barrés au crayon à bille. Remarquons que ce n'est pas le cas sur ce pli.

L'examen du verso de l'enveloppe (fig.3) fournit deux éléments de réponse à notre question :

* Ce verso comporte un timbre à 100 kip de la République (Yvert 301) annulé par le cachet de Luang Prabang daté du 5 décembre 1977 (même si le mois 2 ou 12 n'est pas très lisible, aucun doute n'est possible : il s'agit bien du mois de décembre). Le cachet de transit à Vientiane (8.12.77) est, lui, bien visible. Trois jours pour aller de Luang Prabang à Vientiane est une durée bien longue lorsqu'on sait que les deux villes sont situées à une heure d'avion l'une de l'autre.


La lettre a atteint son destinataire, à Carlsbad, en Californie, le 14 décembre 1977 (voir cachet d'arrivée).
* D'autre part, l'expéditeur est un certain Monsieur Cham Onhvandy. Selon Kenneth Thompson, Monsieur Cham était un responsable du bureau de poste de Luang Prabang. Il aurait correspondu, avant et après la révolution, pendant de longues années, avec Gordon Haug.

Pour répondre avec certitude à la question posée précédemment, il faudrait connaître les tarifs d'affranchissement pour les Etats-Unis, à cette époque. Un lecteur pourra-t-il nous renseigner ?

Ou bien, 100 kip étaient suffisants pour une lettre de moins de 20 grammes, voire pour moins de 100 grammes (le recto de l'enveloppe porte, en effet, au dessus du timbre à 5 kip la mention manuscrite 65, qui, pourrait signifier que l'enveloppe pesait 65 grammes) ; dans ce cas, on peut admettre l'hypothèse suivante : l'enveloppe a été affranchie par un timbre officiel à 100 kip et la présence des timbres " Pathet Lao " a été tolérée. Cette tolérance a été facilitée par le fait que l'expéditeur et celui qui a annulé les timbres par la griffe d'oblitération constituaient une seule et unique personne. Cette enveloppe, pouvant être qualifiée de complaisante, constituait ainsi un beau cadeau pour un philatéliste averti, comme celle de la figure 4, datée du 22 février 1973, jour du cessez le feu. Cette dernière comporte un timbre à 15 kip de la Plaine des Jarres dont la présence est tolérée car il est accompagné d'un timbre officiel à 20 kip du Royaume.


Ou bien l'affranchissement à 100 kip est insuffisant. Dans ce cas, on peut considérer que les timbres de la Plaine des Jarres sont venus compléter (de manière bien illégale) l'affranchissement.

Quoiqu'il en soit, un tel pli est certainement très rare et, même s'il est de complaisance, il n'en est pas moins extrêmement intéressant.

(1) Voir Philao N°1 (p .12 à 14) " Essai de définition des timbres dits Pathet Lao "
(2) Voir ce numéro, page 15
(3) Merci d'avance au lecteur qui pourrait répondre à ces questions en fournissant ses sources de renseignement.
(4) La date d'oblitération la plus couramment rencontrée est celle du 18.07.61 à Xieng Khouang


Philippe DRILLIEN