Cet article du PHILAO n°4 ( janvier 1974) a pour auteur J.DESROUSSEAUX.
Ce long travail portant sur l'histoire postale du Laos comporte 5 parties.Après quelques généralités, le chapitre premier concerne le Sud-Laos.

BUREAUX de POSTE et CACHETS du LAOS ( Première partie)

II existe de très importants ouvrages consacrés à l'Indochine, mais il est fort difficile de trouver des informations sur le moins peuplé et le plus difficile d'accès de ses territoires, à savoir le LAOS. Il nous a fallu de longues investigations dans les archives coloniales pour réunir les informations ci-après. La période étudiée va du début de la présence française à l'apparition des timbres propres au Laos, fin 1951 - apparition qui suivit de peu la remise par les Français aux Laotiens de l'Administration dos Postes. La courte note parue dans le n° 3 de "PHILAO" peut servir de résumé et d'introduction à la présente étude.
Rappelons que la mission dirigée par Auguste Pavie quitta le Cambodge en 1886. Les Français furent très bien accueillis par les paisibles populations du Laos, qui apprécièrent la liberté et la sécurité du commerce et des transports sur le Mékong liées à leur présence. Dès 1890, la France exerçait un protectorat de fait sur le Laos.
Pour permettre la surveillance du Mékong, l'autorité militaire tenta vainement, en 1891-92, de remonter la canonnière ARGUS sur le bief Laotien : on ne put passer les chutes de KHONE, à l'extrême Sud du Laos. En décembre 1892, le Gouverneur Général de Lanessan annonça que l'on allait passer un bateau en pièces détachées. Les Siamois, qui prétendaient exercer une tutelle sur le Cambodge et le Laos, réagirent en envahissant le Nord-Est du Cambodge, le Sud et le Centre-Laos, et même la région de Xieng-Khouang. Ils allèrent jusqu'à la frontière d'Annam, non loin de Hué.
Le 23 Mars 1893, le Gouverneur Général de l'Indochine ordonne aux troupes du Sud de chasser les Siamois. En mai, le Centre-Laos est dégagé par les miliciens de l'administration civile d'Annam, et, le 3 Octobre, le Siam signe le traité d'armistice, premier texte à reconnaître le protectorat Français sur le Laos, territoire de l'Indochine Française.
La commission d'armistice mit plus de 10 ans à fixer la frontière avec le Siam. Pendant ce temps, des troupes Françaises occupèrent au Siam le gage de CHANTABOUN, avec le petit port de PAKNAM. Concernant le Laos, ses derniers problèmes sont réglés par le traité du 29 Mai 1904 ; il trouve ses frontières définitives à la fin de 1904, en même temps que l'on évacue le gage de Chantaboun. Pour sa part, le territoire Cambodgien ne recouvrer son intégrité qu'en 1907.
Rappelons aussi qu'à la suite de la guerre Franco-Siamoise de 1940-41, le Laos perdit ses territoires à l'Ouest du Mékong, et que le Siam se fit prier avant de les restituer, après la fin de la guerre de la Grande Asie Orientale.

Avant de passer à l'histoire postale des diverses zones du Laos, notons d'abord les bureaux de poste "précurseurs" créés dans des régions ayant appartenu ultérieurement au Laos
Province Cambodgienne de Stunq-Trenq . Un arrêté Cambodgien du 1.3.1886 crée un bureau de poste à STUNG-TRANG (sic). En fait, il est probable qu'il ne fut que télégraphique, car il ne figure pas sur les listes officielles des postes parues de 1886 à 1891.
Province Tonkinoise de Sonia, rattachée un an au Laos.
S0NLA : bureau de poste tonkinois ouvert le 7.6.1890, puis transféré au voisinage, sur la Rivière Noire, vers le début de 1892, avant le transfert de la province au Laos. Le cachet "Tonkin" est connu en 1891.
VAN-BU: substitué alors à S0NLA, ce bureau est rattaché au Haut-Laos lors de la création de cette entité administrative, vers début 1895. Le cachet "Tonkin" est connu en 1893. (Cf document A)


VAN-YEN : ce bureau Tonkinois ouvert au début de 1894, est également rattaché au Haut-Laos vers début 1895 (pas de cachet signalé à ces époques). De ces bureaux, on ne connaît aucun cachet "LAOS" ou "HAUT-LAOS". Peut-être n'ont ils même pas existé, en raison de la brièveté de leur appartenance au Laos.

 

 

 

 

CATEGORIE DE BUREAUX DE POSTE


Les bureaux gérés par l'Administration des postes étaient répartis selon leurs attributions en "principaux", "secondaires" et "limités".

La plupart des bureaux du Laos étaient limités, et leur trafic était infime, ce qui explique la rareté des lettres et même des cachets sur timbres isolés.
Le LAOS a eu quelques "Agences Postales Rurales", bureaux gérés par des particuliers, des fonctionnaires d'administrations non postales ou l'armée. Ces bureaux, autorisés par l'Arrêté Indochinois du 7 mars 1935 avaient des cachets normaux au début, mais ils reçurent des hexagones à la fin de 1943.
L'arrêté Indochinois du 19 Avril 1906 autorisait l'ouverture de bureaux auxiliaires de ville et de postes rurales, à partir de l'arrêté du résident supérieur du 19 Mars 1936. On n'a pu en retrouver la liste, et l'on ne connaît de cachet rural que de


KHAMKEUT, province de CAMMON - et de PAKSONG, province du BASSAC. La légende externe est "POSTE RURALE LAOS" - "PROVINCE DE …", l'intérieur ne porte pas de date, mais le nom de la localité en Français et en lettres laotiennes.
Il n'existait pas au Laos de bureaux auxiliaires de ville (Agences urbaines).

 

TYPES DE CACHETS

II y eut moins de types différents au Laos que dans les autres territoires de l'Indochine. Il ne semble pas qu'il y ait eu de flammes avant 1950, alors qu'on en connaît ailleurs dès 1918, Les numéros ci-dessus se réfèrent à la page qui suit :

 



Les cachets à double cercle, utilisés au début, se trouvent en petit format, 22 mm, comme figure 1. On rencontre plus souvent le diamètre 24 à 25 mm ; les cachets correspondants ont en général un cercle intérieur en tirets, 12 normalement et parfois 13 sur des cachets de dépannage faits en Indochine. Le cercle intérieur continu se rencontre aussi sur les cachets grand format, et c'est ce type qui a été utilisé pour les très rares marques portant "HAUT-LAOS". Grand format : fig. 1b et 6 pour le type à tirets, 4 et 5 pour le cercle continu.

Les cachets à simple cercle, envoyés par la France quelques temps après la 1ère guerre mondiale, ont 26 mm de diamètre (sauf indication contraire), fig. 2. Le type resta utilisé longtemps après l'indépendance (fig.7).
Un type spécial est connu de PAKSE, il comporte le mot "LAOS" en haut (fig. 3).
De nouveaux types sont apparus après l'indépendance (fig. 8 et 9), les cachets avec ville en Laotien étant très récents (fig. 11).

 

 

Les cachets anciens n'ont généralement pas de séparation latérale. Dans le cas contraire, nous indiquerons ces séparations par (fl) pour les fleurons (comme fig. 8), par (t) pour les traits.
Sur les vieux cachets à double cercle, le mois est en lettres, mais de nouveaux tampons-dateurs à mois en chiffres apparurent vers 1913, et furent utilisés avec les mêmes couronnes. Nous ne distinguerons pas ces deux types dans les tableaux ci-après.
Nous indiquerons les dates extrêmes des cachets rencontrés ou signalés.

 


CHAPITRE I : LE SUD-LAOS

 

Cette région comporte les provinces du BASSAC, chef-lieu PAKSE, et des BOLOVENS, chef-lieu SARAVANE. Elle fut libérée des Siamois par les troupes Françaises de COCHINCHINE, constituées en corps expéditionnaire spécial dit "second corps expéditionnaire du Cambodge", et contre-attaquant les Siamois à la suite de l'ordre du 23 Mars 1893.
Cette expédition bénéficiait de la franchise postale totale, par application d'une ancienne décision Française d'Octobre 1886 provoquée par des troubles au Cambodge. Elle spécifiait que les troupes françaises y auraient la franchise totale à condition que les plis soient frappés d'un"timbre" (tampon) mentionnant "CORPS EXPEDITIONNAIRE DU TONKIN" (sic ! ... il y a plus loin de Hanoi à Pnompenh que de Paris à Varsovie). En fait, la Colonie désobéit aux ordres un peu ridicules de Paris et fabriqua des cachets à date portant CORPS EXPEDre CAMBODGE. On en distribua à plusieurs bureaux du Cambodge, en 1893, mais à un seul bureau du Laos, celui de KHONE (cf documents C1 et C2)

 



le plus au Sud du pays et terminus Nord des bateaux Cambodgiens circulant sur le Mékong.

 

Le cachet de KHONE se distingue aisément de ceux du Cambodge (cf document B),

 

 


car ses lettres sont nettement plus petites et il y a 1 5 tirets au lieu de 12 à 14 au cercle intérieur.

Les plis venant des troupes du. Sud-Laos recevaient donc ce cachet, certifiant leur franchise, lors de leur passage au bureau de KHONE, c'est à dire avant d'embarquer sur le vapeur du Cambodge assurant leur évacuation vers SAIGON. Seule exception : les plis militaires des BOLOVENS, descendant vers le Mékong par la SE-DONE, étaient marqués au passage de KAMTONG-IAI d'un cachet militaire octogonal, à un type très anormal. Il porte en haut "CORRESP. D. ARMEES" et en bas "K.IAI".
En résumé, les plis de l'expédition, dans la période 1893-96, portent un cachet de franchise militaire de KHONE ou K.IAI. On distingue aussi leur origine par les éventuels cachets administratifs (ci-contre) ou par les mentions manuscrites. Il est cependant très rare de trouver "Corps Exp. du Laos" à
la place de "Corps Exp. du Cambodge", qui était le nom officiel. On trouve très rarement un cachet civil du bureau d'origine, KHONE ou KHONG.
Plus tard, il ne resta guère de troupes françaises, sinon pour préparer la réoccupation de la rive Ouest du Mékong.
Les plis militaires en franchise du début du XXème siècle sont encore plus rares, mais ils ne portent que le cachet civil du point de départ et une mention manuscrite "Troupes détachées au Laos". Cf docum. D

 



A partir de Novembre 1904, les troupes perdent la franchise mais reçoivent chaque mois 2 timbres de France "F.M", Avec oblitération du Laos (cf document E), ce sont de grandes raretés, car il resta fort peu de militaires dans ce pacifique pays.

 


On connaît des plis militaires en franchise venant des localités ci-après (du Sud au Nord) :
- KHONE, localité la plus au Sud, dans l'îlot du même nom, point de marquage.
- MUONG-SEN, petite garnison au Nord de l'ilôt KHONE, terminus de la navigation laotienne. Pas de bureau de poste, mention manuscrite sur les plis militaires. Une voie ferrée étroite fut construite entre MUONG-SEN et KHONE (4 Km), pour transborder les passagers et marchandises le long des chutes du Mékong.
- KHONG, dont le cachet de garnison est connu. C'était la résidence du Commandant supérieur du Bas-Laos et de l'antenne Sud du Résident supérieur au Laos.
- BASSAC
- SARAVANE
- Enfin, on a signalé un pli avec cachet linéaire d'une canonnière du Mékong laotien, "LE MASSIE", avec cachet de franchise de KHONE. D'après M, PARLANGE, il y avait 4 canonnières minuscules sur le bief laotien. Outre la griffe "CANONNIERE MASSIE", le pli connu porte un cachet à ancre de la FLOTILLE DU HAUT-MEKONG, voisin de celui que nous reproduirons au chapitre 3 (Haut-Laos).

Les dépêches étaient formées à KHONE, pour la plupart. Elles atteignaient SAIGON où elles étaient ouvertes, en 13 a 18 jours en 1895, 5 à 7 à partir de fin 1895. Les lettres portent le cachet de transit civil de Saigon, ou exceptionnellement le cachet de franchise militaire "SAIGON CORPS EXPre ".




DEUXIEME PARTIE