Cet article est présent dans le PHILAO n°55.
Il est signé
Dominique GEAY--- ( Trésorière de A.I.C.T.P.L.)

 

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Y&T n° PA1,2, et 3-1952


Au Laos, il existe quasiment autant de styles de soieries et de cotonnades que de régions et d'ethnies. Si les textiles laotiens partagent certains points communs avec d'autres tissus d'Asie du Sud-Est, les techniques de tissage laotiennes, elles, sont spécifiques à ce pays et l'on reconnaît les tissus produits localement. Dès sa plus tendre enfance, la petite fille aide sa soeur aînée à tourner le rouet et à préparer et teindre les fils.


....Les cotonnades....


Le coton, fibre végétale, provient du cotonnier. Le cotonnier est un arbuste, cultivé le plus souvent comme une plante annuelle. Les plants sont souvent brûlés après la récolte, de façon à éliminer les parasites qui pourraient compromettre une récolte ultérieure. Les feuilles sont lobées et échancrées. Les fleurs à cinq pétales blancs ou jaunes donnent un fruit ou capsule de la taille d'une noix, contenant de trois à cinq loges. La capsule porte à la base une collerette de bractées (petites feuilles, différenciées, à la base du pédoncule floral) entourant une touffe de longs poils (fibres) à l'intérieur desquels on trouve les graines. Les fibres mesurent de 1,3 à 6 cm de long. Les fibres les plus courtes sont appelées bourre. La culture du coton nécessite une saison végétative longue, beaucoup de soleil et d'eau pendant la période de croissance et un temps sec pour la récolte. A coté de son mari, souvent pieds nus comme lui, la femme lao des montagnes va semer le coton, pêle-mêle avec le riz de ray, en avril, lorsque commence la période des grandes pluies. En novembre, quand les nuits rafraîchissent et que le coton a poussé à hauteur d'homme, c'est la récolte.

 

Le travail du coton aux Hua Pahn (Carte postale Raquez n° D2)



Dans la plaine, sur les terres alluviales du Mékong, le rythme est différent. Les graines de coton sont semées en septembre et récoltées en février.
Le coton est alors égrené par les femmes à l'aide du « iou », instrument archaïque composé de deux cylindres de bois actionnés par une manivelle et tournant en sens inverse. En passant entre les cylindres, le coton se débarrasse des grains. Sur un arc en bambou dont les jeunes filles, durant des jours, font vibrer la corde d'un fort pincement du doigt, le coton se transforme alors en légers flocons. Préparés en petits rouleaux, ils se trouvent tendus, étirés en un fil interminable qui, s'enroulant autour de minuscules bobines, est ensuite dévidé sur des écheveaux à l'aide du « khouang », composé de deux morceaux de bois traversés en leur milieu par un axe à manivelle. Ces gros écheveaux sont mis autour d'un appareil, le « không », placé parallèlement à une sorte de tambour en bois appelé « ak ». Passant d'un appareil à l'autre, les fils sont calibrés et épurés et les aspérités supprimées à l'aide de l'ongle ou d'un canif. Voici le fil prêt pour prendre place sur le métier à tisser.


.........Les soieries.........


La soie, est une substance filiforme sécrétée par quelques lépidoptères (ver à soie, bombyx) essentiellement constituée par deux protéines (séricine et fibroïne), utilisée comme matière textile. L'élevage des vers à soie, s'étend sur deux mois. Elle nécessite l'incubation d'oeufs de bombyx pendant deux semaines à une température croissant régulièrement de 6°à25°C.
Après l'éclosion, les chenilles poilues se nourrissent presque continuellement de feuilles de mûrier pendant environ un mois. A l'issue de cette période, elles sont prêtes à tisser leur cocon. Les chenilles grimpent sur ces branches et tissent leur cocon à l'aide d'un seul fil pouvant atteindre une longueur de 1500m. Il faut néanmoins près de 5500 vers à soie pour produire 1kg de soie brute. Ce processus dure environ huit jours. Dès que les cocons ont été collectés, les insectes qu'ils renferment sont tués par ébullition.



Y&T n°311 - 1976

L'extraction de la fibre de soie requiert un processus délicat appelé filature. Les cocons sont d'abord chauffés dans l'eau bouillante afin de dissoudre la substance gluante responsable de la cohésion du cocon.


Y&T n°PA71-1970

Après cette opération, les fils de quatre à huit cocons sont réunis et torsadés ensemble par la femme lao, puis ils sont combinés à un certain nombre d'autres fils torsadés de la même manière pour former un fil plus gros enroulé sur un fuseau. Lorsque chaque cocon est déroulé, il est remplacé par un autre. Le fil qui en résulte, appelé soie brute, consiste généralement en 48 fibres de soie individuelle. Le fil est continu et à la différence des fils tirés d'autres fibres naturelles telles que le coton et la laine, il est composé de fibres extrêmement longues.

La deuxième étape consiste à tourner un ou plusieurs fils de soie brute en un fil suffisamment solide pour qu'il soit possible de le tisser. Cette procédure s'appelle tordre la soie. La jeune fille lao utilise pour ce faire une sorte de rouet artisanal et une bobine sur laquelle le fil une fois tordu sera enroulé. Il est alors prêt à être utilisé sur le métier à tisser de fabrication locale.


Y&T n°219-1970
Les zones de cultures du mûrier se situent dans les plaines et dans la vallée du Mékong. La culture du ver à soie et le tissage se pratiquent dans chaque village, mais le tissage est plus développé à Vientiane, Luang Prabang, et Samneua, atteignant parfois le stade d'une petite industrie familiale.

Y&T n°218-1970

Les soieries lao sont réputées et celui qui parcourt le pays peut constater avec quelle originalité et tradition la femme lao continue, quotidiennement, à se vêtir de sa longue jupe en soie brodée, au bas, d'un anneau de fil d'or et d'argent « le sinh ». Le tissage manuel de la soie sert également à confectionner les habits de cérémonie des hommes « le sampot ». De même, il existe un important choix de tissus, d'écharpes, de foulards carrés aux couleurs pastel ou vives et aux reflets changeants.


Le métier à tisser a une forme parallélépipédique.Les fils de trame, passant entre les dents d'un peigne se croisent avec ceux de la chaîne horizontale et constituent ainsi l'étoffe tissée, grâce à un mouvement alternatif de montée et de descente. Le double peigne vertical à coton fonctionne à l'aide de pédales. Les fils passés à travers le peigne en bois sont fixés au double peigne vertical. Un coup de pédale, et la première série de fils de la chaîne monte en même temps que descend la deuxième, tandis que la navette franchit toute la largeur de la chaîne ; un autre coup de pédale fait croiser les fils, cependant que la tisseuse donne un coup de peigne alternativement de la main gauche ou droite, selon que la navette se trouve d'un côté ou de l'autre, (métier à tisser à pied).-


Jeune fille Kha Khouène tissant (Carte postale Raquez n° D11)



Ban Phanom Environs de Luang Prabang
Métier à pied Photo. D. Geay® - 2000


Les teintures


Les lao utilisent le plus souvent des teintures naturelles, notamment l'ébène (graine et bois) et du tamarin (graines et bois). Le rouge laque est obtenu à partir du mélange du coccus iacca (un insecte vivant dans les troncs d'arbres) et des racines de curcuma. L'indigo sert à réaliser le bleu. Pour obtenir de l'indigo, les tisserands mettent à macérer dans de l'eau pendant plusieurs jours de l'indigofera tinctoria. Ils activent la couleur de la plante en rajoutant du citron. Ensuite, elle est travaillée pour obtenir une pâte épaisse à laquelle sont mélangés divers ingrédients (de l'écorce de citron, du tamarin et du sel) afin d'obtenir le pH idéal, la texture et la nuance souhaitées.
A partir de la palette de base de cinq couleurs naturelles (noir, orange, rouge, jaune et bleu) que l'on mélange, on peut obtenir toute la gamme des couleurs. Les tisserands emploient également des couleurs plus subtiles comme le kaki (depuis l'écorce d'un arbre indien), le rosé (avec du bois de sappan) et l'or (avec du bois de jaquier et d'arbre à pain).
* Les lao ne pratiquent pas moins de seize styles de tissages associés à quatre régions.
D'une manière générale, les étoffes du nord se carastérisent par des dessins géométriques complexes et se présentent sous forme de Phaa nung (jupes que portent les femmes, enroulées autour de la taille). Elles sont parfois brodées d'un fil d'or ou d'argent. On trouve également des Phaa biang, écharpes lao-thaïes dont les femmes et les hommes se couvrent les
épaules lors des mariages ou des fêtes. Dans le nord-est -notamment à Hua Phan (Samneua) et Xieng Kouang, les Thaï-Neua, les
Phuan, les Thaï Lu, les Thaï Daeng, les Thaï Dam et les Phu Thaï réalisent essentiellement des brocards à trame avec de la soie sauvage, des fils de coton et des teintures naturelles. Dans le centre, on réalise des mat-mii en coton teint à
l'indigo, des brocards à trame simple à partir de différentes techniques issues d'autres régions (et apprises auprès des habitants de Vientiane qui avaient fui la guerre).
A Luang Prabang, les brocards aux motifs en or et en argent sont répandus, ainsi que les dessins complexes.
Dans le nord on utilise principalement des métiers à châssis.
Les tisserands du sud, eux, travaillent sur des métiers à pied plutôt que sur des métiers à châssis, et ils perpétuent une tradition respectant des styles et des motifs inchangés depuis des siècles. Ils utilisent la technique qui consiste à nouer puis à teindre le fil avant tissage.

 


Le tissage des jupes dans le Haut-Mékong (Carte postale Raquez n° D14)


Les taches que l'on obtient donnent au tissu un aspect satiné qui rappelle l'ikat indonésien. On s'en sert pour fabriquer toutes sortes de vêtements et de tentures.
Les communautés lao theung et môn-khmères réalisent ainsi des motifs racontant de petites histoires agrémentées, parfois de quelques mots khmers, de chiffres ou de symboles non figuratifs. Dans les provinces de Sekong et d'Attopeu, certaines étoffes mêlent les perles au tissage.
Au Laos les femmes ont fait du tissage un art.

 


Jeune fille tissant
Ban Xang Haï - Environs de Luang Prabang Photo : D. Geay® - 2000

Dominique GEAY

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Sources : Encyclopédie Microsoft Encarta 98
Le tissage- par Pierre S.NGINN - Présence du Royaume Lao (mars-avril-mai 1956)
Lonely Planet : Laos
Les commentaires des Postes Lao de l'époque pour les timbres de 1970