"Approximate"
translation in English

 

 

Les Fêtes du Onzième Mois.

( Philao n°25-26 de juin 1979)

présentées par Ph. DRILLIEN (1)


Les fêtes occupant une grande place au Laos, de nombreux lecteurs nous ont demandé de les décrire.
Après le Nouvel An à Louang Phrabang (2), le Boun Phra Vêt (3) et les Fêtes du That Louang (4), nous sommes heureux de présenter aujourd'hui les Fêtes du Onzième mois qui comprennent le Boun Ok Phansa, le Lai Hua Fay, la Course des Pirogues et le Boun Kathin.



Le BOUN OK PHANSA
(La fête de sortie du carême Bouddhique)

Le Boun ok Phansa ou Boun ok Vatsâ est encore appelé Boun Pavârana.
Le mot "vatsâ" vient du pâli "vassa" qui signifie "pluie". Il s'agit donc d'une cérémonie qui est célébrée à la sortie des pluies, c'est à dire à la fin de la saison humide, plus précisément à la pleine lune du onzième mois, jour de la sortie du Carême bouddhique.
"Pavârana" est un autre terme pâli signifiant "consentir à l'avertissement". En fait, il s'agit des fautes - paroles ou actes - que, consciemment ou non, les bonzes ont pu commettre à l'égard de leurs camarades pendant cette période d'abstinence de trois mois. Aussi, le jour de la sortie du Carême, organisent-ils, avant de se séparer une "Assemblée des bonzes" au cours de laquelle ils récitent la formule du pavârana ainsi conçue:


"Humblement, je vous prie de m'indiquer les manquements que j'ai commis en cette période et que vous avez pu voir, entendre ou même soupçonner. Reconnaissant mes fautes, je fais le serment de les éviter dorénavant".

Chaque bonze réitère trois fois cette formule et reçoit avec calme et joie, sans se décourager, les observations de ses camarades.Après cette réunion de la communauté, arrivent les fidèles avec leurs offrandes ; ils demandent ensemble les préceptes, assistent à un service religieux, offrent le repas et écoutent ensuite la proclamation d'un texte des Ecritures.
Le soir les fidèles se rassemblent à nouveau à la Pagode et font trois fois le tour des lieux sacrés en tenant à la main un cierge allumé et quelques fleurs.
Ce qu'il y a de plus caractéristique dans cette soirée, c'est l'illumination de tous les lieux sacrés, stupa, chedi,sim (5) et jusqu'aux murs et clôtures des pagodes. Les maisons privées sont elles aussi illuminées9 ainsi que les édifices publics. Cette illumination - qui peut durer trois nuits consécutives - est regardée comme un hommage à Bouddha ou à sa mère.
A ces cérémonies purement bouddhiques correspondent d'autres festivités et réjouissances populaires organisées en l'honneur des Nâga (6) et des Génies tutélaires afin qu'ils accordent à tous santé, bonheur et prospérité.
La plus importante est sans doute le Lai Hua Fay (7)

Le LAI HUA FAY
(ou cérémonie d'expulsion du bouc émissaire)

 

Le Lai Hua Fay constitue un autre spectacle et un autre rite de la seconde soirée de fin de carême. Il consiste à laisser aller au fil de l'eau de petites barques illuminées, en bambou ou en tronc de bananier.
A l'origine,on se servait de pathip, petites lampes formées d'un morceau de fil trempant dans de l'huile ou de la graisse, soutenu par une lamelle de bambou. L'une des extrémités de cette mèche était tressée en forme de "patte de corbeau".
Dans l'esprit des gens, ces illuminations constituent une propitiation au souvenir de la "Mère des cinq Bouddhas" à l'époque où celle-ci, d'après le jâtaka (8)suivant, se manifesta sous la forme d'un corbeau blanc :

"Un jour, dans le nid qu'elle avait construit sur un arbre, au bord d'un fleuve, un Corbeau femelle pondit cinq oeufs. Or, Il advint qu'à la suite d'un coup de vent, le nid tomba à l'eau et fut emporté par le courant. Après avoir longtemps flotté, il finit par échouer sur un banc de sable où, l'ayant découvert, une Poule, une Nâgi, une Tortue, une Vache et un Serpent femelle prirent chacune un oeuf pour le couver. Après un certain temps, il en sortit cinq garçons qui, devenus grands, furent si affligés d'apprendre leur origine qu'ils décidèrent de se faire anachorètes. Ainsi, conservant le secret de leur naissance, vécurent-Ils séparés les uns des autres.
Mais, comme rien en ce monde n'est éternel. Ils finirent par se retrouver tous les cinq un jour, dans la foret, où chacun pour sa part était parti chercher des baies. C'est alors que s'étant mutuellement confiés leur origine, Ils apprirent qu'ils étalent nés tous les cinq de la même mère : un Corbeau blanc. D'un commun accord, Ils décidèrent de tout faire pour revoir celle qui leur avait donné le jour. Or, du fond du Ciel où elle était devenue Phrom, la mère Corbeau avait tout entendu. Afin donc d'aider ses enfants à réaliser leur voeu, elle leur apparut sous forme d'une ermite et leur dit : "Si vous pensez à votre mère,construisez des barques illuminées que vous laisserez emporter par le courant tous les ans, le quinzième jour de la Lune Croissante du onzième mois".

En fait, ce rite, qui est commun à toute l'Asie des Moussons, est une cérémonie d'expulsion du Bouc émissaire : les mauvais génies qui, pendant la saison des pluies, ont été en contact avec les vivants sont attirés par les offrandes sur ces petits radeaux (9) qui sont ensuite abandonnés au fil de l'eau

 

LA COURSE des PIROGUES ( Voir article spécifique)


La course des pirogues est une autre réjouissance populaire qui se déroule en général dans l'après-midi du lendemain (10)

LE BOUM KATHIN (ou Kan Thin)


Les fêtes du onzième mois se terminent par le Boun Kathin.
Kathin vient du pâli Kathina. Ce terme désigne un métier pour confectionner diverses pièces d'étoffe et habits, ou bien l'étoffe ou le vêtement lui-même. Boun Kathin signifie la fête des habits offerts aux Bonzes (pour remplacer les anciens par trop usés). L'époque utile pour ce don va du Boun Ok Phansa jusqu'à la moitié du mois suivant. Au cours de mon séjour au Laos (1969-1976), j'ai pu, à plusieurs reprises assister à ces fêtes du onzième mois. A ma connaissance, elles eurent lieu pour la dernière fois en 1975. C'est pourquoi je terminerai cet article en citant le quotidien « Lao Presse » du 10 octobre 1975 qui donne le Programme de la cérémonie de sortie du Carême bouddhique E.B. 2518 et de la fête des courses de pirogues, les _19, 20 et 21 octobre 1975.

DIMANCHE 19 OCTOBRE 1975 correspondant au quatorzième jour de La Lune croissante du onzième mois de l'année du Lièvre (E.B. 2518) (11)

à VAT ONG TU (12)

15h30 - Rassemblement de la population des autorités civiles et militaires.
16hOO - Procession selon l'Itinéraire (13) suivant :
Vat Ong Tu, rue Setthathirath (14), avenue Lane Xang (15)
Rue Samsenethal, rue Khon Boulom, rue Setthathirath, Vat Ong Tu.
- offrandes aux bonzes
- sermons
LUNDI 20 OCTOBRE 1975 correspondant au quinzième jour de la lune croissante du 11ième mois de l'année du Lièvre (E.B. 2518)
6h30 - Quête des bonzes (16) à Vat Ong Tu et aux différentes pagodes de la capitale.
7h30 - Offrande des repas aux bonzes
8h30 - Rassemblement des autorités préfectorales à Vat Chanh.
9hOO - Offrandes aux génies tutélalres à Hat Done Chanh -, Tha Xai Mui - Tha Ho Kham - Tha Deua Hane - Pak Nam Passak (Pak Simangkhara - Tha Pho Phiak.
21hOO - Lancement des radeaux Illuminés
- Feu d'artifice
- Concours de beauté des radeaux Illuminés
- Remise des prix
- Réjouissances populaires .

MARDI 21 OCTOBRE 1975 correspondant au premier jour de la Lune décroissante du 11ième mois, de l'année du lièvre (E.B. 2518)
8hOO - Rassemblement des pirogues
9h - 13h - Courses des pirogues (éliminatoires pour les équipes
féminines et masculines)
14h - Demi-finales et finales
- Remise des prix
21h - Lancement des radeaux Illuminés
- Feu d 'artifice
- Cinéma et réjouissances populaires.

NOTES DE RENVOI :


(1) Cet article fait de larges emprunts au livre de Marcel Zago : "Rites et Cérémonies en milieu bouddhiste lao" ainsi qu'à différents articles publiés dans le quotidien "Lao Presse" sous la signature de Pierre Somchin NGINN, Président de l'Académie Royale Lao.
(2) cf. Philao n° 13, p. 201 sq
(3) Gabriel CHEVREUX a étudié ces fêtes dans Philao n° 14, p. 218 sq.
(4) cf. Philao n° 18 (p. 287-288) et 20 (p. 317-318)
(5) La signification de ces termes a été donnée dans Philao n° 16, p. 253 sq.
(6) Le naga est un serpent - dragon - mythologique. Il est représenté sur de nombreux timbres (n° 232, taxes 8 à 11 ....)
(7) En Thaïlande se déroule une cérémonie identique connue sous le nom de Loi Krathong.
(8) Les Jâtaka sont des contes dont l'origine est le plus souvent indienne.
(9) Certains de ces radeaux sont du reste en forme de nid de corbeau.
(10) Le timbre 125 représente cette course. C'est pourquoi nous 1'étudions dans un article séparé.
(11) II est curieux de constater que même un programme "officiel" indique une date hybride, mélangeant le calendrier lao et le calendrier bouddhique (cf. l'article de Pierre Marie GAGNEUX dans Philao n° 12, p. 185 sq.)
(12) Deux portes du sanctuaire du Vat Ong Tu sont représentées sur les timbres 193 et 194. (cf. Philao n° 20 p. 314)
(13) Dans Philao n° 6, p. 91-92, Edmond Weissberg avait décrit la capitale administrative du Laos, telle qu'il l'avait visitée l'année précédente Pour mieux suivre l'itinéraire de la procession, le lecteur pourra relire l'article et consulter, p. 92, le schéma sommaire de Vientiane.
(14) Setthathirath, ou Sethathirat, est l'abréviation de Sayasetthathirath.
Marc Van Uffelen a résumé la vie de ce Roi, un des plus grands du Lane Xang dans Philao n° 19 (p. 297 à 302),
(15) Le long de cette Avenue est situé le marché du matin (Yvert n° 147 et Av 125) A l'extrémité nord de l'Avenue Lane Xang se dresse le "Monument de la Victoire, l'Anou Savary visible sur les timbres 147, 174, 175 et 176 Yvert.

L'Assemblée Nationale (Av 52 et 53 Yvert) est à proximité de ce momument.
(16) cf. Yvert Av 27 et Av 84.